This is a digital copy of a book that was preserved for générations on library shelves before it was carefully scanned by Google as part of a project to make the world's books discoverable online.

It bas survived long enough for the copyright to expire and the book to enter the public domain. A public domain book is one that was never subject to copyright or whose légal copyright term has expired. Whether a book is in the public domain may vary country to country. Public domain books are our gateways to the past, representing a wealth of history, culture and knowledge that 's often difficult to discover.

Marks, notations and other marginalia présent in the original volume will appear in this file - a reminder of this book' s long journey from the publisher to a library and finally to y ou.

Usage guidelines

Google is proud to partner with libraries to digitize public domain materials and make them widely accessible. Public domain books belong to the public and we are merely their custodians. Nevertheless, this work is expensive, so in order to keep providing this resource, we hâve taken steps to prevent abuse by commercial parties, including placing technical restrictions on automated querying.

We also ask that y ou:

+ Make non-commercial use of the files We designed Google Book Search for use by individuals, and we request that you use thèse files for Personal, non-commercial purposes.

+ Refrain from automated querying Do not send automated queries of any sort to Google's System: If you are conducting research on machine translation, optical character récognition or other areas where access to a large amount of text is helpful, please contact us. We encourage the use of public domain materials for thèse purposes and may be able to help.

+ Maintain attribution The Google "watermark" you see on each file is essential for informing people about this project and helping them find additional materials through Google Book Search. Please do not remove it.

+ Keep it légal Whatever your use, remember that you are responsible for ensuring that what you are doing is légal. Do not assume that just because we believe a book is in the public domain for users in the United States, that the work is also in the public domain for users in other countries. Whether a book is still in copyright varies from country to country, and we can't offer guidance on whether any spécifie use of any spécifie book is allowed. Please do not assume that a book's appearance in Google Book Search means it can be used in any manner any where in the world. Copyright infringement liability can be quite severe.

About Google Book Search

Google's mission is to organize the world's information and to make it universally accessible and useful. Google Book Search helps readers discover the world's books while helping authors and publishers reach new audiences. You can search through the full text of this book on the web

at http : //books . google . com/|

Digitized by

Google

%^^J2l'ô'/f

Digitized by

Google

Digitized by V3OOQ IC

REVUE D'ALSACE

Digitized by V3OOQ IC

Digitized by

Google

REVUE D'ALSACE

-«»«^.-

NOUVELLE SERIE

ONZIÊIE ANNÉE

TOME ONZIÈME

COLMAR

AO BUREAU, GRÀND'RUE. K* 42 1882

Digitized by VjOOQIC

Han^ard Colle^^e

Library

APR 18 1808

Ilohcnzollern Ce

îilcction

Ciftof A. C. C

■/..'•--e

Digitized by V3OOQ IC

LA VIE FUTURE

ET

LA SCIENCE MODERNE

Lettre à I. le Pasteir ***

PÂB

6.-Â. HIRN

Correspondant de rinstitat de France, Associé des Académies des Sdenccs de Belgique, de Suède, etc., etc.

Nous venons de voir tomber devant la science, appuyée sur la saine raison, Tune des a£Brmations fondamentales du maté- rialisme proprement dit et conséquent avec lui-même : Téternité de la Matière. Le même ordre de raisonnements s'appliquerait à toute autre doctrine tendant à expliquer Forigine de TUni- vers par Taction exclusive d'agents aveugles, c'est-à-dire de forces inconscientes, n'agissant qu'en vertu de propriétés innées et fatales. L'existence d'un dieu créateub ne peut certainement pas être prouvée directement et mathéma- tiquement ; mais, ce qui est l'équivalent rigoureux de cette démonstration, l'éternité de la Substance Inconsciente, en général, peut être réfutée rigoureusement, et cette réfutation peut être considérée comme un des faits les plus triomphale-

' Yoir la Urnâson an dernier trimestre 1881.

Digitized by V3OOQ IC

6 RBVUE D*ALSAGB

ment acquis de la science moderne. Pour quiconque admet l'existence d'un Dieu créateur, l'immortalité de l'être humain, et, comme homme de science, j'ajoute l'immortalité de tout ce qui vit, sont des conséquences en quelque sorte évidentes; nous pourrions donc nous arrêter ici, et considérer comme terminé notre exposé des preuves qu'apporte la science à l'appui de la notion d'une vie future. Mais dans ce domaine notre intelligence est obligée de se mesurer et de lutter avec l'infini, au risque de s'y briser, le doute ne cède qu'à regret son poste dans l'âme humaine, et, veillant de loin, il est toujours prêt à se jeter sur sa proie, au moindre signe de défaillance. Nous ne devons donc rien laisser dans l'ombre de ce qui peut contribuer à affaiblir sa puissance. A ce titre, et au point de vue rigoureusement scientifique, notre exposé serait bien incomplet, si nous l'interrompions dès à présent. Pour le savant, bien dilférent en ce sens du laïque, il suffit, avons-nous dit, que l'existence d'un Être, d'un Élément con- stitutif de l'Univers, soit démontrée, pour que la durée de cet Élément soit assurée. Si la présence d'un élément animique dans l'être vivant est mise hors de doute, sa durée l'est au même titre: cet Élément ne peut rentrer spontanément dans le néant Mais l'existence d'un élément qui échappe à l'action de nos sens, qui, par son essence même, est invisible, intan- gible, impalpable ne peut évidemment être constatée

directement. Nous sommes, scientifiquement parlant, obligés en ce cas de procéder par voie d'exclusion, en constatant bien correctement que les qualités de ce qui tombe sous nos sens ne suffisent plus pour expliquer tel ou tel ordre de phéno- mènes et qu'ainsi nous pouvons légitimement invoquer l'existence d'un principe autre que ceux que nous percevons. C'est précisément le problème qui se présente à nous dans l'interprétation des phénomènes de la vie organique, à quelque degré de l'échelle qu'on la considère. Non seulement nous n'avons aucune perception directe de ce qui difiérencie

Digitized by V:iOOQIC

LA Vn Pimiftl ET LA SaSNCE MODERNE 7

une plaQte, un animal, un homme, d^une machine, mais nous n'avons pas même la moindre notion directe de ce qui constitue notre propre être, ni, bien plus! de ce qui fait mouvoir la machine. G*est là, pour dire vrai, ce qui nous explique le nombre considérable de personnes qui, tacitement ou ouver- tement, nient l'existence d'un élément spécifique distinct, donnant lieu aux phénomènes vitaux, animiques, intellectuels, aux phénomènes de Tordre psychologique; et, cette fois je parle du savant aussi bien que du laïque, c'est ce qui explique le grand nombre de personnes qui, dans les phénomènes de l'ordre purement physique, veulent à tout prix matérialiser la force. Pour arriver à la vérité sur ce domaine, nous ne pouvons procéder que par voie d'exclusion en réfutant toutes les hypothèses explicatives qui prétendent rendre compte des phénomènes intangibles avec les seuls éléments qui nous paraissent constituer ce qui est tangible.

Notre œuvre d'élimination serait toutefois facile, si nous ne nous trouvions en face que d'une doctrine de négation unique, en face du seul matérialisme propremerd dit; mais en ne nous attaquant qu'à un tel adversaire, nous nous ferions la partie trop aisée. Il importe donc de définir et d'évincer une fois pour toutes cette doctrine dont bien des personnes, laïques et savants, parlent sans la connaître, et qui, disons-le très haut, a envahi les trois quarts du domaine de la science et de la non-science de notre temps.

Le matérialisme proprement dit ne peut admettre qu'un seul élément constitutif de l'Univers: la matière, formée d'atomes en repos ou en mouvement, partout et toujours identiques à eux-mêmes. Et c'est efiectivement la proposi- tion soutenue aujourd'hui dans une multitude d'ouvrages, grands et petits, dont quelques-uns sont devenus réellement populaires, et constituent le credo de milliers de laïques aussi bien que de savants. Selon les assertions des auteurs de

« 70RCB BT MATIÈRE, CIRCULATIOK DE LA VIE, THÉORIE VIBRA-

Digitized by V:iOOQIC

8 REVUB 1>*ALSACE

TomE DE NATURE > il fattt être absolument aveugle

(j'emploie l'expression la plus polie de ces livres) pour s'ima- giner que dans le monde animé aussi bien que dans le monde physique, il existe autre chose que des atomes matériels en mouvement, donnant lieu, par leurs rencontres, aux phéno- mènes de l'attraction, de la répulsion, de la lumière, de la

chaleur, de l'électricité, de la vie, de la pensée

C'est du choc de milliards de billes élastiques, très petites, mais non infiniment petites, que résultent la conscience que nous avons de nous-mêmes, la faculté d'aimer, le sentiment du beau, du vrai, du juste,. . . . aussi bien que le plus minime des phénomènes du monde physique.— C'est ce choc qui a enfanté la Vénus de Milo, le Parthénon, Hamlet de Shakespeare, la Symphonie avec chœur de Beethoven

Il faut le dire bien haut et avec insistance : si bizarre que soit un tel système, et quoiqu'il tombe en quelque sorte sous son propre poids, ceux qui le soutiennent ont du moins le mérite et le courage immenses d'être conséquents avec eux- mêmes, bien contrairement à beaucoup de leurs adversaires qui, sans s'en douter peut-être, sont matérialistes aux trois quarts par les doctrines qu'ils soutiennent, sauf à rompre violenmient avec le matérialisme à une certaine limite dont il leur est impossible de légitimer l'intervention.

Le matérialiste qui, dans les phénomènes du monde physique, admettrait l'existence d'un élément distinct de la matière, donnant lieu à tout l'ensemble des phénomènes de mouvement, de forces attractives ou répulsives, n'aurait plus absolument aucune raison plausible pour rejeter du monde animé l'existence d'un autre élément supérieur, donnant lieu aux phénomènes physiologiques et psychologiques dans tout leur ensemble. Il cesserait à l'instant d'être matérialiste consé- quent.

Réciproquement, l'adversaire du matérialisme qui prétend bannir du monde physique tout élément distinct de la matière,

Digitized by V:iOOQIC

LA fB FirrOlB BT LA flCIBlfCK MODBRIIE 0

n'est plus nullement en droit d'invoquer l'existence de tel ou tel élément supérieur pour Texplication des phénomènes de layie.....

Et celui qui pousse l'inconséquence jusqu'à nier la néces- sité d'un élément de nature supérieure et distincte de la matière chez l'être vivant le plus iniime, n'a plus le droit d'admettre l'existence de l'âme chez l'homme.

n fitut du moins laisser à Técole matérialiste Tinmiense mérite d'avoir mis hors de doute l'ensemble de ces propositions, qui peuvent être considérées comme l'énoncé de faits élémen- taires pour tout naturaliste sensé.

Le matérialisme n'a jamais été attaqué par les bases ration- nelles et scientifiques sur lesquelles il a la prétention de reposer. Il a été réfuté, surtout par des laïques exclusifs et inconséquents, à un point de vue purement sentimental : c'est l'expression la plus juste à employer icL On a objecté des faits de conscience, des aspirations morales, des facultés intellec- tuelles, inconciliables avec l'action de causalités purement mécaniqties : toutes objections d'une valeur incontestable, à condition que ceux qui les font restent conséquents, et n'aillent pas eux-mêmes, comme le font journellement bien des spiri- tualistes, expliquer mécaniquement chez certains êtres ce qu'ils prétendent ne pouvoir s'expliquer que psychologique- ment chez d'autres, visiblement identiques en nature; dire par exemple : le chien fidèle et affectueux est une machine, mais l'homme égoïste et vil est un esprit pur

Le matérialisme logique, répétons-le, explique d'une même manière, non seulement les plus minimes des phénomènes physiques, et les plus sublimes des phénomènes psychologiques, mais encore les plus inextricables des questions d'origine. Il rapporte toutes choses à l'atome matériel et à ses mouvements. Il a de plus la prétention de donner seul des solutions claires de toutes choses. Il est évident, d'après cela, qu'il ne peut être attaqué que scientifiquement, en cherchant si efiective-

Digitized by V3OOQ IC

10 REVUS d'ALSAGB

ment il satisfait à l'interprétation des phénomènes de tous les ordres, et si effectivement il est doué de ce degré de clarté que lui prêtent ses adeptes.

Je puis être extrêmement concis en ce qui concerne l'exac- titude des interprétations. Je ne m'arrêterai qu'à une seule : elle est capitale, il est vrai. Deux masses matérielles, séparées par un intervalle vide en apparence, et indéfiniment grand, tendent l'une vers l'autre, semblent s'attirer. Tel est le fait (et non l'hypothèse, comme d'aucuns le pensent) mis pour la première fois en lumière et en évidence par le génie de I^ewton. Examinant quelle peut être la cause de cette ten- dance, ce grand esprit, si sobre d'hypothèses, déclare qu'il considérerait comme un insensé celui qui avancerait que la matière agit sur la matière à travers le vide, et sans aucun intermédiaire. « Cet intermédiaire est-il matériel ou immaté- riel? » Voilà ce qu'il laisse à d'autres le soin de décider. Quoi qu'on en ait dit, son opinion personnelle est facile à lire: c'est l'intermédiaire immatériel qu'il admet Depuis que la lumière de cette grande ftme a été retirée de ce monde, maté- rialistes, spirituaUstes, panthéistes, savants et non-savants, se sont mis à l'œuvre pour expliquer et matérialiser la cause de la gravitation universelle. Voulant rendre visible, tout au moins à l'imagination, ce qui par sa nature propre est invisible, on s'est efforcé de peindre les masses matérielles tomme potis- sées les unes vers les autres, soit par des atomes matériels sillonnant l'espace en tous sens, soit par des tourbillons moléculaires. Le nombre de ces hypothèses explicatives, diffé- rentes par la forme, mais parfaitement identiques par le fond est des plus considérables. Eh! bien, je ne crains point de l'afiKrmer ici à la face de toute la science moderne: pas une seule de ces interprétations matérialistes ne soutient un seul instant d'examen scientifique sérieux ; les unes sont puériles, d'autres semblent être sorties d'un cerveau en démence.

Une doctrine qui échoue ainsi devant l'un des phénomènes

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FUTURE ET LA SdENGB MODERNE 11

les plus fondamentaux du monde physique n'a plus le droit de s'adjuger seulement Tombre d'une explication des phénomènes du monde vivant. £t ce que nous venons de dire des tentatives d'explications de la gravitation, s'applique iden- tiquement aux phénomènes de répulsion et d'attraction magnétiques, électriques (statiques et dynamiques): si toute- fois on peut même donner le titre d'explications à ce qui a été produit en ce sens.

Quoiqu'en puissent dire un très grand nombre de physiciens modernes, le matérialisme a perdu son droit de cité sur le domaine des phénomènes du monde inanimé lui-même. Les seules propriétés que nous constatons dans les corps qui tombent sous nos sens le réfutent radicalement ^

Voyons maintenant ce qui en est de la prétendue clarté sans pareille de cette doctrine. Ici je ne recourrai qu'à deux seuls arguments ad hommem^ sous forme interrogative.

Les livres dogmatiques que j'ai nommés plus haut sont aigourd'hui entre toutes les mains. L'un d'eux, entre autres, « FORCE ET KATiÈBE » de Buchuer, s'est, en traduction fran- çaise, vendu à plus de cinquante mille exemplaires. C'est peu dire que d'estimer à cinq cent mille les lecteurs de ce livre ou de ses congénères. D'après la doctrine soutenue dans tous ces livres, d'après le matérialisme prétendu scientifique, les mondes se sont formés par les mouvements des atonies matériels accourant de tous les points de l'espace, incités par d'autres mouvements antérieurs. Cela posé, il nous sera permis de demander si, parmi ces cinq cent mille lecteurs, incontestablement lettrés, dont nous parlons, il s'en trouve un seul qui sache ce que c'est que le mouvement, un seul qui sache en quoi un corps en mouvement diffère de nature d'un

^ Je me permettrai de renvoyer à ce sujet à ce que j'ai dit dans la partie critique de mon anàltsb ^hkusvTAiBji bb l'ttniyebs (1 vol. in-8<>, chez Gauthier-Villars, libraire à Paris).

Digitized by V3OOQ IC

19 RBYUE D*ALSAGE

corps en repos ? La réponse ne pouvant être que négative, nous demanderons s'il est dès lors plus clair d'attribuer l'ori- gine des choses et la continuité des phénomènes h une inconnue aveugle, inconsciente, agissant pourtant avec une intelligence que personne, parmi nos cinq cent mille lecteurs, ne peut nier, qu'à une inconnue intelligente, consciente de ses actes, et toute puissante?

Que devient devant une pareille interrogation la grande clarté du dogme matérialiste? Posons cependant une seconde question.

C'est pour le matérialisme un article de foi d'admettre que la pensée est une sécrétion du cerveau, absolument comme la bile en est une du foie, comme l'urine en est une des reins. Nous accepterons très volontiers ces aphorismes; nous irons même plus loin, et nous dirons que l'intégrité des fonctions du cerveau est aussi indispensable h la sécrétion de la pensée qu'à celle de l'urine à laquelle il préside indirectement par son action sur les reins ; nous irons encore plus loin, et nous conviendrons que, pour certaines pensées, il y a une analogie plus grande qu'il ne semble entre les deux sécrétions. Ici toutefois s'arrêtent nos concessions, et bien légitimement. Comme il n'existe que matière partout identique à elle- même, incapable d'agir autrement que par impulsion immé- diate d'atome à atome, comme c'est aux chocs et aux vibrations moléculaires qu'est due la sécrétion de l'urine aussi bien que celle de la pensée, nous demanderons h nos cinq cent mille croyants si un seul d'entre eux comprend comment les chocs de tant de billes de billards qu'on voudra, aussi petites et aussi élastiques qu'on voudra, peuvent arriver à la con- science d'eux-mêmes, à la notion de leur être qui, d'après le dogme admis, n'est qu'un phénomène transitoire ? En vérité, de tels articles de foi peuvent-ils avoir la prétention d'être plus clairs, plus compréhensibles que ceux de n'importe quel culte aussi mystique qu'on voudra?

Digitized by V:iOOQIC

VIS PirruEB KT lA sconra moderne 13

Nous ne comprenons certainement pas plus Tessence de notre âme ou celle du principe lîtal en général que celle de Dieu; mais nous ne comprenons pas davantage celle du mou- Tement ni celle de la matière elle-même. Nuit pour nuit, incompréhensible pour incompréhensible, nous pouvons donc de plein droit préférer l'interprétation qui, appuyée sur la raison et sur le raisonnement, satisfait à tout Tensemble des phénomènes, à celle qui ne satisfait à aucun.

On le voit, si nous ne nous trouvions en face que des seules négations du matérialisme pur, notre œuvre serait facile; que dis-je! elle serait achevée. On aura beau, dans des ouvrages étendus et du plus haut mérite, comme « l'histoibb du KATiRiiiJSMK > de Lange, par exemple, exposer les déve- loppements successifs de cette doctrine et tenter de lui donner un caractère de solidité scientifique; on échouera toi^ours quand, partant rigoureusement des seules propriétés de la matière en repos et en mouvement, on essaiera l'interpréta- tion réfléchie et rationnelle du moindre des phénomènes physiques, h plus forte raison de ceux du monde vivant

Mais le matérialisme pur s'est toujours trouvé côtoyé, de près ou de loin, par un autre genre de négation qui, sans aflfecter la forme arrêtée d'une doctrine proprement dite, n'en est pas moins très vivace et très répandue. Elle est beaucoup plus bornée dans ses prétentions; elle ne s'adresse qu'aux seuls phénomènes du monde organique, ou même plus exacte- ment encore, du inonde humain. Elle est, non certainement professée, mais tacitement ou ouvertement admise, par un grand nombre d'hommes qu'à aucun titre nous ne serions plus en droit d'appeler des laïques. Prenant un instant la forme personnelle, qu'on ne me reprochera certes pas d'avoir sou- vent affectée dans cet exposé, je dirai, sans crainte d'éveiller des susceptibilités ou d'irriter ceux dont je parle, que parmi les médecins, et surtout les jeunes médecins modernes, il en est un très grand nombre qui attribuent à la matière et à

Digitized by V:iOOQIC

14 REVUE D'ALSACE

Pensemble des forces aveugles constituant Torganisme de l'être vivant, toutes les fonctions de celui-ci, qu'U s'agisse des fonctions physiologiques seules, ou de tout Tensemble des fonctions intellectuelles, chez l'homme notamment « C'est le cerveau qui pense, disent-ils; une âme y est une bien inutile superfétation. » Je dis les jeunes médecins .... les neuf dixièmes peut-être. A l'âge mûr, le doute survient chez beaucoup, quant à la vérité absolue de l'assertion. Quelques-uns alors se con- vertissent et deviennent, en apparence du moins, des dévots fort respectables : ce sont en général des considérations sin- gulièrement étrangères à la métaphysique qui sont la cause déterminante de ce phénomène. Disons-le h l'honneur de la science et de tout le corps médical, de pareilles chutes sont

les exceptions. Mais laissons ces tristesses

A force de s'incliner sur le lit des malades et des mourants, h force d'observer des phénomènes qui échappent h toute expli- cation purement physiologique, le médecin de cœur et de bon sens se demande si, contrairement à son assertion d'étudiant, ce ne serait peut-être pas nous qui pensons à Vaide du cerveau f Il suspend son jugement, et, continuant sa vie de dévouement, il soulage, avec sa science et avec son cœur, la douleur physique et morale partout il la rencontre. Fort de sa conscience d'honnête homme, il attend patiemment jusqu'au bout la solution de la grande énigme.

Est-ce le cerveau qui pense et nous fait nous?

Ou bien est-ce nous qui pensons avec le cerveau?

Voilà toute la question qui se pose devant nous, effrayante ou consolante, selon le côté par lequel nous l'attaquons.

Nous savons tous que nos rapports avec le monde externe sont établis à l'aide de certains organes spéciaux, sans lesquels nous n'aurions pas la moindre notion de ce qui se passe hors de nous. Nous savons, par exemple, que pour voir, que pour entendre, il nous faut deux instruments de physique d'une construction admirable, dont le mode de fonction ne nous est

Digitized by V:iOOQIC

VIB FUTURK BT LA SCUNCE MODERNE

même connu que depuis une époque relativement récente et est encore énigmatique dans quelques détails intimes. La forme de nos idées, la manière de penser, relativement à ce que nous voyons, à ce que nous entendons, dépendent telle- ment des données que nous fournissent à chaque instant ces instruments, qu'il est des choses que nous ne pouvons pas concevoir autrement que nous ne les voyons, que nous ne les entendons : une sphère lumineuse, par exemple, ne nous est visible que par une moitié à la fois. Ehl bien, il nous est impossible, en dépit de tous nos efforts d'imagination de nous IsL figurer sous ses deux faces à la fois ! A chaque imperfection de Toeil, à chaque défaut, congénital ou accidentel, répond une imperfection ou un défaut dans les notions qui naissent de la vision. L'homme de science, lorsqu'il observe, est lui-même trompé par ces fausses indications; il est obligé, par une longue étude, de rectifier des erreurs personnelles de percep- tion, qui échappent absolument au laïque.

Voilà une dépendance intime, profonde, qui est absolument incontestable.

Passerart-il pourtant jamais par la tête de quelqu'un de dire: Ce sont les yeux qui voient, ce sont les oreilles qui entendent? Ces locutions ne seraientrelles pas aussi risibles que celle qui consisterait à dire, par exemple : la lunette de cet astronome voit et observe admirablement?

Nous disons tous :je vois avec mes yeux, j'entends avec mes

oreilles, comme nous disons :je marche avec mes jambes

et nous avons raison. Lorsqu'un de ces instruments, lorsqu'un de ces organes nous a été ravi par la maladie ou par un accident, nous ne savons que trop qu'il reste quelqu'un qui souffre de cette privation.

Cela posé, et au rebours des locutions précédentes, est-il moins risible, plus intelligible, et surtout plus vrai, de dire :

C'est le cerveau qui voit avec les yeux, qui entend avec les oreilles, qui pense, qui crée une individualité ayant

Digitized by V:iOOQIC

16 BXVUS D'ALSACE

désormais la conscience d'elle-même, quoique dénuée de toute existence réelle?

Que de dire simplement :

C'est mai gui pense, mais qui pour penser ai besoin d'un organe?

Le côté risible de la première forme d'assertion n'est guère contestable. Si décidément dans notre cerveau il n'y a pas de place pour une âme, nous ne sommes tout aussi décidément plus que des machines; machines qui, conmie telles, laissent môme parfois singulièrement à désirer quant à leur construc* tion. Il est une expression que personne n'effacera plus ni de nos codes, ni de nos constitutions sociales, ni des rap- ports d'homme à honmie : c'est celle de « bespohsabiuté HincAnrE ». Ni matérialistes, ni positivistes, ni négativistes^ ne sauraient contester un instant que le titre moral, que le degré qu'occupe tel ou tel peuple sur l'échelle sociale est d'autant plus élevé que cette expression est mieux comprise et mieux mise en pratique par chaque individu. Que dirait pourtant le sceptique le plus invétéré, si quelqu'un, prenant au pied de la lettre cette assimilation de l'être vivant avec une machine, venait à parler de la responsabilité de nos machines à vapeur ^ de nos montres? Un ûmnense éclat de rire accueillerait certainement une pareille plaisanterie; et ceux ou celles mêmes qui prétendent que dans notre cerveau il n'y a pas place pour une âme, y prendraient part

La première forme d'assertion est-elle plus intelligible?

La dépendance intime et directe de notre pensée et du cerveau ne peut plus être contestée un seul instant Non seu- lement il nous faut ici-bas un instrument approprié pour penser, mais chacun des modes de la pensée semble même avoir son mécanisme spécial dans cet instrument Bien que la doctrine de la localisation de nos facultés (poussée à l'extrême par Flourens, entre autres), ait reçu de fréquentes et graves atteintes de l'observation impartiale des faits, un fond de vérité

Digitized by V:iOOQIC

LA VIB FUTURS ET LA SCEENCB MODERNE 17

lui reste pourtant acquis. L^ensemble des faits relatif à cette grande question est si généralement connu qu'il est inutile de nous y arrêter ou de le développer.

Disons-le bien haut et bien hardiment, nous n'avons pas la plus légère idée de ces rapports nécessaires de Tâme avec le mécanisme organique. Nous ne savons pas comment elle peut en avoir besoin pour accomplir Pacte qui semble être le fait de son essence même, pour penser. Nous ne savons pas com- ment cet acte peut être entravé, souvent radicalement, par telle ou telle cause physique venant du dehors, par la maladie, par une matière toxique; nous ne savons pas comment il est suspendu journellement et périodiquement par le sommeil. Mais remarquons-le expressément, il s'agit ici d'une ignorance^ si profonde, si absolue qu'on voudra d'ailleurs, mais non d'une difficulté de conception. Il n'est pas plus difficile de concevoir que nous ayons besoin d'un organe pour penser que de com- prendre qu'il en faille un pour voir, pour entendre. Nous ignorons absolument le mode, et voilà tout. Mais nous ne pou- vons tirer de cette ignorance aucune raison plausible pour nier la présence d'un Élément pensant et animique.

Ferons-nous les mêmes remarques quant à la seconde des assertions, quant à celle qui dit que c'est le cerveau qui pense et que toute addition d'un élément spécifique, accomplissant cet acte, est une bien inutile superfétation ? Assurément non. Ici il ne s'agit plus d'une ignorance, temporaire ou défi- nitive, mais bien d'une impossibilité d'interprétation. Aucun de ceux ou de celles qui aujourd'hui, avec tant d'assurance, affirment qu'il n'y a plus de place pour une âme dans le cer- veau, aucun n'a jamais compris comment une machine, formée de pièces multiples et diverses réagissant les unes sur les autres, peut arriver à la conscience de son existence, à sentir, à souffrir, à jouir, physiquement et moralement; aucun ne l'a jamais compris et n'a produit l'ombre d'une explication sensée, car une telle explication est tout simplement une impossibilité.

Nouvelle Série. ~ il- année. â

Digitized by V3OOQ IC

18 REVUE D'ALSACE

Ni la matière seule, telle qu'elle est conçue et définie par le matérialisme, ni la matière gouvernée par des forces aveugles partout répandues ne pourra jamais expliquer le sentiment de l'existence, la conscience d'eux-mêmes, que possèdent l'homme et les animaux supérieurs ; et ce n'est pas non plus dans telle ou telle partie d'un mécanisme constitué par la matière et les forces que peut résider ce sentiment. De très grands penseurs ont dit que la matière peut se développer, s'organiser par degré, s'élever en titre et arriver à la pensée. Mais il est bien clair que si une telle transformation était eflective, il en résulterait simplement que la matière cesserait d'être ce qu'elle est partout autour de nous, dans le monde physique. C'est d'ailleurs une des rares affirmations parfaite- ment correctes et vraies posées par le matérialisme, à savoir que la matière est toujours et partout identique en propriétés, dans notre cerveau aussi bien que dans le soleil qui nous éclaire-

Si tant d'esprits distingués, parmi les jeunes médecins, quittent le doute, naturel et légitime chez tout homme sensé, pour admettre l'affirmation négative absolue (que l'on me par- donne cet assemblage de termes si opposés), il faut en chercher l'explication dans des raisons assez diverses. Les unes reposent sur l'antagonisme violent qui, chez le jeune homme embrassant une carrière scientifique, celle de la médecine, par exemple, s'établit entre les assertions dogmatiques, historiques, légendaires, que sans preuve aucune on nous inculque comme vérités indiscutables, et les réalités que nous révèle l'étude directe de la nature et des faits. On nous avait habitués, de l'enfance à l'âge mûr, à accepter des affirmations sans preuves ; arrivés à l'âge de l'examen, nous tombons dans un excès con- traire et nous acceptons des négations sans preuves : c'est un travers de notre nature qui s'explique, sans toutefois se légitimer. Mais il est d'autres raisons plus puissantes qui interviennent et qui font pencher l'esprit vers la négation. Par suite des nécessités mêmes de h profession qu'il va

Digitized by V:iOOQIC

VIB FUTURS ET LA SCIENCE MODERNE 19

embrasser, le jeune médecin est obligé de s'occuper surtout

de ces phénomènes physiologiques, pathologiques, qui,

chez tous les êtres vivants, semblent seuls se prêter à des interprétations mécaniques ou physiques, et l'étude des sciences physiques et exactes proprement dites, tout comme celle des phénomènes de Tordre psychologique, intellectuel,

moral reste complètement à Tarrière-plan. Cette double.

étude seule pourtant peut nous apprendre ce dont sont capables ou absolument incapables les agents seuls du monde physique. En m'énonçant ainsi, je crois rester dans la plus stricte vérité et ne blesser qui que ce soit. Ce sont les exigences mêmes de la profession médicale qui condamnent pour ainsi dire l'étudiant à négliger un ensemble de sciences dont la connaissance lui serait indispensable pour maintenir chez lui un juste équilibre entre les affirmations exagérées de certaines doctrines et les négations tout aussi exagérées des doctrines antagonistes.

Tout esprit sensé qui aura soin de maintenir en lui-même cet équilibre, arrivera toujours à cette conclusion :

Au-dessus des organes des sens et de la pensée se trouve nécessairement une réalité sentante et pensante, sans laquelle le mécanisme auquel elle est liée ne saurait lui-même fonc- tionner, réalité qu'aucun système n'effacera jamais de Tordre des existences, quels que puissent être d'ailleurs son passé et son avenir. Et, beaucoup plus généralement encore, au-dessus des organes de n'importe quel être vivant se trouve nécessai- rement un élément directeur qui sépare radicalement l'être vivant le plus infime du rang des machines proprement dites. Nous disons : quels que soient d'ailleurs son passé, son avenir. Dans toutes les recherches, dans toutes les discussions conceriiant la nature des êtres vivants, et de Thomme en par- ticulier, on s'est toujours étrangement trop préoccupé du mode d'apparition de ces êtres sur notre terre. C'est ce qu'on ne saurait assez faire ressortir aujourd'hui.

Digitized by V3OOQ IC

20 REVUE d'àLSACE

Contrairement à ce qu'on admettait autrefois, la chimie parvient à produire directement des composés qu'on croyait ne pouvoir être élaborés que par la vie : c'est ce qu'ont mis pleinement hors de doute les travaux de M. Berthelot Qu'il me soit permis d'exprimer ici le regret que cet éminent chi- miste ait si brusquement abandonné une route qu'il avait si brillamment ouverte et il reste encore tant à découvrir, pour se livrer à des travaux qui, au lieu de génie, n'exigent que de la patience et de l'exactitude. Nous disons : la chimie sait produire des combinaisons semblables à celles qu'éla- borent les organes des êtres vivants. Mais ni la chimie, ni aucune autre science, n'a su encore produire un organe, ou seulement la moindre cellule organique. Bien, absolument rien n'autorise à affirmer qu'il puisse, au sein de la nature, et par la réaction réciproque des seuls éléments du monde phy- sique, se produire, non un être vivant, mais seulement la moindre des cellules organiques. Les générations, dites d'ail- leurs fort à tort, spontanées, les générations sans germes antérieurs, tour à tour niées et afSrmées avec emportement par les diverses écoles, peuvent être considérées aujourd'hui comme classées, non au rang des impossibilités, mais au rang de phénomènes qui ne se sont jamais produits jusqu'ici, du moins sous la forme que leur assignentles systèmes (Pasteur).

Jusqu'ici non plus, et en dépit de toutes les affirmations des systèmes préconçus, il n'est démontré le moins du monde qu'un être vivant de telle espèce puisse, par des modifications successives, donner lieu à des êtres d'espèces absolument dif- férentes. Tout ce qu'est parvenu à prouver l'un des plus grands et en même temps des plus honnêtes naturalistes de notre temps, dont le nom restera attaché à la doctrine du transfor- misme, tout ce qu'est péniblement parvenu à prouver Darwin, c'est que le nombre des espèces primitivement admises en histoire naturelle, est moins grand qu'on ne le supposait

Mais faisons un pas immense. Admettons, contre toutes les

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FUTURE ET LA SaSNGE MODERNE 21

probabilités, qu'un germe vivant puisse, au sein de la nature, se produire sans germe antérieur. Admettons que, par suite dHnfluences d'une sorte ou d'une autre, une espèce puisse réellement donner lieu à une espèce tout à fait différente en apparence. Résultera-t-il de là, d'une part, que la vie organique soit le résultat des forces ordinaires du monde phy- sique, ou d'autre part que l'élément animique de tel être ait été le même que celui de l'être d'espèce différente auquel il a donné lieu? ~ C'est bien la conclusion que l'école matéria- liste et tous les laïques sans distinction tireraient de ces deux ordres de faits. Et c'est pourtant aussi, on ne saurait assez le faire ressortir, la conclusion la plus étrangement arbitraire qui se puisse imaginer.

L'être vivant, l'humble violette comme l'homme de génie, doit être considéré en lui-même et en ce qu'il est actuelle' nient: dans le connUy en un mot, et non de ce qu'il a été ou dans ce qu'il sera^ c'est-à-dire dans Vinconnu. Aucun raisonne- ment sérieux ne peut prouver, aucune vaine argutie ne peut faire accepter de l'imagination, qu'une machine soit capable d'élaborer la pensée. Le penseur est ce qu'il est. Qu'il sorte d'un peu de fange, comme le disent les poètes et les sots (les extrêmes se touchent), ou qu'il descende d'un singe, il n'en reste pas moins ce qu'il est : un élément supérieur anime actuellement son oi^anisme terrestre.— Les personnes qu'effa- rouche tant une origine simiale, feraient bien de se rappeler» mais tout à rebours, les vers d'un rimeur célèbre :

Mais la postérité d'Alfane et de Bayard,

Qaand eUe n'est qn'nne rosse, est Tendue au hasard.

Se croire un être déchu ou même dénué d'âme, parce qu'on sortirait d'une autre espèce vivante de degré inférieur, serait en vérité aussi absurde et puéril que de se croire un être supérieur en vertu de prérogatives nobiliaires, parce qu'un ancêtre, il y a trois cents ans, a acquis le droit d'attacher une particule à son nom !

Digitized by V3OOQ IC

22 REVUE D'ALSACE

Si un être vivant quelconque pouvait se produire effective- ment au sein de la nature, sans germe antérieur, si l'espèce humaine était en efiet une modification graduée d'une espèce de singe, il n'en résulterait nullement que cet être serait dénué d'un élément animique absolument distinct des forces du monde physique, il n'en résulterait nullement que l'homme serait un singe perfectionné; il faudrait simplement en con- clure que la puissance créatrice procède autrement que nous ne l'admettions, et qu'ici encore, comme en bien d'autres points, nous l'avions faite un peu trop à notre image. Certains laïques seraient obligés de s'en accommoder, comme ils ont le faire du mouvement de la terre, qui passait aussi pour essentiellement hérétique, *

Tout ce qui touche, non pas à l'origine même des êtres vivants, mais seulement à l'arrivée sur cette terre de chacun d'eux, petit ou grand, humble ou sublime, est enveloppé d'un profond mystère, contre lequel se briserait la foi du croyant le plus fervent comme les raisonnements de l'esprit le plus sceptique, si l'on se donnait la peine d'y songer. Dans cette nuit si sombre, le bon sens et la raison cependant posent au moins quelques jalons, que bien des personnes semblent à plaisir perdre de vue, et dont, en tous cas, elles ne se préoc- cupent nullement

Dès qu'il est question de la succession des êtres vivants, de celle des animaux supérieurs, ou de l'homme, par exemple, on se tient pour satisfait, on croit toute difficulté mise de côté, en admettant qu'il a été créé une paire primitive de chacun. Nous sommes habitués à voir ces êtres se reproduire et s'ac- croître ainsi en nombre, comme nous sommes habitués à voir les corps pesants tomber : nous trouvons les deux genres de

^ n me sera sans doute permis de renvoyer à ce que j'ai dit sur cette grande question dans mon analyse éléicektairb db l'univbbs; elle est traitée presque sons forme élémentaire dans la Cinquihne Esquisse,

Digitized by V:iOOQIC

U VIE FUTURE ET LA SCIENCE OdERNE 23

phénomènes très naturels. Cependant, en y regardant d'un peu près, nous sommes bien obligés de reconnattre que nous ne comprenons ni l'un ni l'autre. En ce qui touche à la vie, il ne nous est en définitive pas plus facile de concevoir la naissance de chacun de nous en particulier que la création de la paire primitive à laquelle nous recourons pour tout expliquer.

£n donnant le jour à ses semblables, l'homme est le motif déterminant de deux phénomènes, l'un organique, l'autre psy- chologique que l'on ne peut toutefois disjoindre que nomina- lement: la formation d'un organisme semblable au sien, l'arrivée en ce monde ou du moins la manifestation nouvelle d'un élément animique, semblable aussi au sien.

1** Dans le phénomène organique, les parents ne sont que le motif déterminant initial, et ce n'est qu'à ce titre que leur volonté intervient, une fois pour toutes. L'impulsion étant donnée au germe, le développement se fait à l'insu et indé- pendamment de la volonté de la mère elle-même, qui ne fait que fournir les éléments nécessaires, tirés par elle du monde externe.

Les parents, en tout cela, ne créent rien du tout : ils four- nissent au germe et puis au nouvel être les éléments, pltcs ou moins bien préparés, qu'ils tirent du milieu ambiant, et le nouvel être lui-même ensuite se développe à l'aide des élé- ments de ce milieu qu'il restituera un jour intégralement

2"* Dans le phénomène psychologique, les parents encore ne sont que le motif déterminant de l'arrivée d'une unité ani- mique, ou beaucoup plus correctement en toute hypothèse, de la manifestation nouvelle d'une telle unité. Nous ne créons rien du tout non plus en ce sens. Il faudrait en vérité être fou d'orgueil pour s'imaginer que nous créons une âme ! Et d'un autre côté, ce serait se faire une idée étrange de notre propre unité animique que de la croire subdivisible: autant vaudrait la nier du coup !

En un mot, ni organiquement, ni psychologiquement, nous

Digitized by V:iOOQIC

34 RBVUE d'ALSACE

ne créons quoi que ce soit. Lorsque, avec fatuité, nous nous disons les auteurs de nos enfants, cette expression demande à être comprise dans un sens bien différent de celui qu'on y attache en général.

Nous disons que le phénomène de la continuation des êtres vivants est double, sans que pour cela on puisse le disjoindre. La marche du développement des animaux et de Thomme, les phases par lesquelles passe successivement chaque nouvel être, ont été admirablement étudiées, quant à la forme. Le pourquoi et le comment sont ténèbres pour nous. Ce qui est certain, quoi qu'en puissent dire toutes les écoles de négation, c'est que l'ensemble des forces du monde physique est abso- lument insuffisant pour rendre compte du développement du plus minime des organes.

Organiquement et physiologiquement, les parents servent en quelque sorte de moule à leurs descendants, mais seule- ment d'une façon partielle. Ils leur lèguent, dans de certaines limites, leur propre conformation, leurs défauts physiques, leurs maladies : et ici s'établit une responsabilité terrible chez l'être qui occupe le sommet de l'échelle et qui est doué du sens moral. L'être nouveau, une fois indépendant de ses parents, se développe plus ou moins bien, subit l'influence du milieu ambiant, du régime auquel il est soumis, du genre de vie qu'il mène, volontairement ou involontairement. Le moule des êtres futurs se modifie ainsi plus ou moins. Quelle est la limite réelle de ces modifications? est la grande question en litige.

Les défenseurs de l'unité de l'espèce humaine écartent déjà assez les limites : du Lapon au nègre du Congo, du blanc civi- lisé à l'Australien, la marge est grande ! En admettant une pareille marge, ne donne-t-on pas réellement gain de cause aux transformistes?

La science décidera-t-elle un jour de quel côté est la vérité, ou comme cela est beaucoup plus probable, le problème

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FirroilB BT LA 8CIBNCE MODERNE 25

échappe-tril par sa nature même, à son pouvoir? Cela est bien moins important qu'il ne semble à la foule des laïques.

Un être vivant quelconque, l'homme tout en tête, ne pou- vant rien créer, et ne pouvant devenir ce qu'il est que, moyennant les éléments déjà disponibles, il est évident qu'il ne peut y avoir de transformation dans le sens qu'on y attache en général. Une àme humaine ne peut descendre d'une âme de singe. Fût-elle une âme d'un degré inférieur, appelée à s'élever par son passage en ce monde, qu'elle ne descendrait pas à proprement parler d'une autre. Elle en serait, non une autre perfectionnée, mais à perfectionner, ce qui est bien difiérent

On peut faire et l'on a fait effectivement des milliers et des milliers de suppositions sur la création de ces unités animiques (je ne dis plus même hypothèses, car une hypothèse, fausse ou juste, affecte du moins un caractère scientifique, tandis qu'ici tout ce qu'on peut imaginer, de juste ou de faux d'ailleurs, sort absolument du domaine scientifique). Ces suppositions ne peuvent nuire au progrès, pourvu qu'une fois qu'on en a admis une, on reste conséquent avec soi-même.

Si, par exemple, dans le principe animique et vital, on admet la persistance des espèces, on peut, et en ce qui concerne rhomme, faire deux suppositions principales : ou la Puissance créatrice se manifeste à la naissance de chacun de nous ; ou, conune pour les autres éléments constitutif de l'Univers, elle s'est manifestée une seule fois, et alors chaque unité distincte attendrait, sous une forme ou une autre, le moment elle doit être appelée & apparaître en ce monde. (Je ne rappelle que pour mémoire une troisième supposition, exprimée en entier par le seul mot de métempsycose. £Ue n'est de fait qu'une variante de la seconde). J'ai, dans cet exposé, évité soigneusement toute question de dogme : il m'est impossible cependant de ne pas faire une exception ici. Le spiritua- lisme chrétien moderne est bien obligé d'adopter l'une ou

Digitized by V:iOOQIC

26 REVa£ D'ALSACE

Pautre des suppositions précédentes; et pourtant, comment alors les concilier avec le dogme de la chute de l'homme? Admettre que les âmes créées toutes à la fois sont tombées toutes par la faute d'une seule, ou que pendant des milliers d'années, en raison de la faute d'une seule, la Puissance créa- trice n'a plus produit que des âmes déchues, c'est, en vérité, donner au Créateur un caractère de férocité qui n'est guère atteint que par quelques-uns d'entre nous. Puisqu'il est donc absolument nécessaire de faire Dieu à notre imi^e, choisissons du moins mieux celle-ci! Cette réflexion, qui tombe sous le sens, devrait être, ce semble, un terrible appel à la tolérance, pour certains laïques qui ont la parole si haute et si impé- rieuse en matière de dogmes théologiques.

Si, au contraire de la supposition précédente, on admet que l'unité animique de chaque être vivant est perfectible, ce qui, faux ou vrai, ne heurte ni notre bon sens ni notre conscience, on comprend qu'à chaque degré de perfectionnement du prin- cipe vivant puisse et doive correspondre un organisme plus élevé aussi.

Je le répète, il ne s'agit en tout cela que de suppositions, dont l'une ou l'autre peut être juste, mais qui n'ont qu'une importance relative, en ce sens, qu'elles peuvent heurter ou flatter telle ou telle idée préconçue, absolument étrangère à la question de la durée indéfinie de notre existence après cette vie. Nous n'avons à nous y arrêter qu'à un point de vue unique, mais essentiel.

En toute hypothèse, une loi inexorable de morale domine tout l'ensemble des suppositions qu'il peut nous plaire de faire. L'organisme de l'être vivant pouvant être considéré comme l'instrument nécessaire, en ce monde, à la manifesta- tion de l'élément animique, il est visible que cette manifestation sera facilitée ou entravée, selon le degré d'appropriation de l'instrument aux fonctions auxquelles est appelée l'unité ani- mique. C'est, dans le cercle tout pratique et expérimental, ce

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FUTURE ET LA saBNCE MODERNE 37

que chacun de nous n'apprend que trop souvent à ses dépens, sans qu'il puisse, hélas ! y remédier. Qu'on admette la fixité des espèces ou qu'on soit transformiste, il est incontestable ainsi que nous l'avons déjà dit, que, dans des limites plus ou moins étendues, nous transmettons notre conformation phy- sique, nos défauts, nos maladies à nos descendants.

Nous préparons en un mot, que l'on me pardonne la familia- rité de l'expression, un logis et un outil plus ou moins commode à ceux qui nous succèdent A ce seul point de vue déjà, une responsabilité formidable incombe à l'être qui a le sentiment du devoir. Combien pourtant méconnaissent ou oublient cette responsabilité, et, au lieu de l'amour, ne méritent plus que les malédictions de ceux à qui ils donnent le jour! Que nous ayons ou non occupé un d^ré inférieur dans une existence antérieure à celle-ci, toi\jours est-il que dans cette vie nous sommes des êtres perfectibles, et qu'il est par suite de notre plus impérieux devoir de perfectionner sans cesse. De ce devoir encore naît une responsabilité dont il est difficile de donner la mesure. Quelques personnes, je le sais, se font une espèce de mérite de soutenir que l'homme n'est perfec- tible qu'individuellement, que les progrès de chacun de nous ne s'héritent pas par transmission et sont perdus pour ceux qui nous suivent, qu'un homme de génie était identiquement le même en puissance à quelqu'époque de l'histoire qu'il ait apparu, qu'ainsi, par exemple, Aristote eût pu faire absolument les mêmes découvertes que Newton, s'il avait eu

sous main les éléments dont a disposé celui-ci Il suivrait

de qu'il a pu exister parmi les peuplades barbares primi- tives des génies comme Newton, Beethoven, Shakespeare,

Michel-Ange qui ont passé inaperçus, uniquement parce

qu'ils n'avaient pas sous main les éléments nécessaires à leur manifestation. Il me semble qu'il suffît de poser un tel énoncé pour montrer qu'une telle opinion est le paradoxe le plus monstrueux qui puisse passer par la tête d'un homme de

Digitized by V3OOQ IC

38 REVUE D'ALSACE

cœur et d'intelligence : disons bien plutôt qu'il faut manquer des deux pour concevoir seulement la possibilité d'une pareille énormité. Il tombe, au contraire, sous le sens que l'intelligence humaine est en tout point perfectible, non seulement danâ chaque individu, mais encore dans toute l'espèce. C'est, en vérité, se faire la partie trop belle que de décliner toute res- ponsabilité quant au degré moral et intellectuel de ceux qui nous suivront ! Que nous ayons eu ou non une existence anté- rieure à celle-ci, rien n'est changé pour cela à la responsabilité qui pèse sur nous en ce monde-ci.

On a discuté et disputé à perte de vue sur cette question d'une vie antérieure. Il est clair que si elle était résolue dans le sens afiirmatif, nous n'aurions plus de doute à concevoir, quant à la continuation indéfinie. Mais si cette vie antérieure avait eu lieu en des êtres organisés comme ceux que nous connaissons, il est tout aussi clair que ce ne serait plus que d'une perpétuité qu'il s'agirait, et non d'une immortalité comme celle à laquelle nous aspirons. Privés du souvenir de la vie antérieure, nous constituerions de fait des êtres nouveaux, non responsables de ce qui est au passé. On a objecté cela mille fois, et toujours avec raison, à la doctrine de la trans- migration des âmes. Ce qui est bien clair aussi, c'est qu'une pareille discussion sort complètement du domaine de la science proprement dite. Nous n'avons pas à nous y arrêter un ins- tant Nous devons bien plutôt répondre à une objection, en apparence très grave, que font à la notion d'une vie future toutes les écoles de négation sans distinction.

De quel droit, dit-on, soutenir qu'un être qui a un commen- cement n'a pas aussi une fin? Nous n'avons nulle conscience, nul souvenir d'un état antérieur; chacun de nous est nouveau- venu ici-bas, sinon comme substance, du moins comme être ayant le sentiment de lui-même. De quel droit admettrions- nous dès lors que nous devons durer avec le souvenir du passé?

Digitized by V:iOOQIC

LA VIB FUTURE ET SCIBlfCE MODERNE 29

Cette question, fort heureusement, est pleinement du domaine de la science; la négation qu'elle implique est pure- ment spécieuse, et dérive, nous allons le voir, d'une fausse conception du temps et des rapports du fini et de l'infini.

Arrêtons-nous d'abord à une remarque critique digressive, comme plusieurs déjà se sont présentées à nous sur notre chemin. Chose étrange, les doctrines de négation et les doctrines réputées les plus orthodoxes se rencontrent et posent une même négation, mais quant à deux éléments dis- tincts. Les secondes tiennent la matière et l'Univers entier pour finis, mais l'ftme humaine pour immortelle. Les premières déclarent au contraire la matière comme infinie en espace et en durée; quant à l'élément animique, il est simplement nié. Ainsi qu'en bien d'autres points, il y a du moins chez ces der- nières, au milieu de l'erreur même, un caractère logique qui fût absolument défaut chez les premières.

En tout premier lieu, en effet, il n'est pas facile de deviner en quoi il peut être plus orthodoxe d'admettre que l'Univers est borné en étendue, que le nombre des étoiles, des mondes éparpillés dans l'espace est fini, que les mondes auront néces- sairement une fin, que d'admettre en tous points l'opposé. L'observation directe, cela est bien évident, ne peut pas nous apprendre si les mondes sont bornés dans une certaine éten- due de l'espace infini ; mais elle nous apprend du moins que l'étendue occupée par les étoiles grandit avec la puissance de nos instruments d'observation, et il n'y a dès lors aucun motif plausible pour admettre qu'il y ait une limite quelconque à cet agrandissement En ce qui concerne la durée, on ne voit pas non plus pourquoi la matière et la force doivent avoir une fin parce qu'elles ont eu un commencement, tandis que l'ftme doit être immortelle bien qu'elle ait eu un commencement. Ce sont certainement des affirmations qui n'ont absolument rien de commun avec une foi religieuse quelconque.

En second lieu, et c'est ici surtout le côté le plus paradoxal

Digitized by V:iOOQIC

30 RBVDB D'ALSACE

de telles assertions, comment ceux qui, avec raison, admettent que la substance en général (matière, force, élément vital) a eu son origine dans un acte de la volonté toute puissante, osent-ils soutenir que cette môme volonté doive nécessaire- ment détruire ce qu'elle a produit? N'est-ce pas se substituer encore une fois au Créateur, sans aucune excuse plausible? Il nous semble qu^une prétention aussi audacieuse, loin d'avoir un caractère d'orthodoxie, touche de très près au blasphème!

Un très grand nombre de personnes, aussi bien parmi les hommes de science que parmi les laïques, pensent que ce qui a un commencement a nécessairement une fin; et de beau- coup concluent que puisque notre vie commence, elle doit aussi finir.

Au point de vue scientifique, cette opinion est doublement erronnée. En géométrie et dans l'ordre idéal, il existe plusieurs lignes courbes à équations parfaitement définies, qui ont un commencement et dont le développement est infini. Celle, par exemple, que décrit l'extrémité libre d'un fil qui est enroulé autour d'un cylindre, et qu'on déroule en la tenant tendue, la développante du cercle est dans ce cas : elle commence sur le cercle générateur et, aucune limite n'étant imposée à la longueur du fil, elle est idéalement infinie dans son développement. Dans l'ordre idéal donc, l'assertion est fausse. Dans le même ordre, mais à un point de vue bien plus élevé, l'assertion est plus erronée encore, s'il est possible, et repose, comme je l'ai dit, sur une fausse notion des rapports du fini et de l'infini. Pour bien des personnes, l'infini est simplement ce qui, en grandeur, dépasse tout ce que nous pouvons nous figurer : d'oïl il résulterait que si, dans l'infini ainsi conçu, nous plaçons soit un commencement de date soit un point de départ en étendue, il existerait un rapport de grandeur entre ce qui va avoir lieu et ce qui a eu lieu antérieurement. Mais cette manière de voir est mathématiquement fausse. L'infini, si une expression presque familière est permise,

Digitized by V:iOOQIC

TIE FUTURE ET hk SCIENCE MODERNE 31

rinfini est en quelque sorte le contenant du fini, soit en temps soit en étendue, et tandis que l'idée de mesure est inséparable de ce dernier, elle est au contraire étrangère au premier. L'infini, en un mot, n'est pas le fini amplifié au delà de toute imagination, il est autre en espèce et en nature : je l'ai dit dès le début, je le répète avec intention. Entre ce que va devenir, en espace ou en temps, ce qui commence, et ce qui a eu lieu idéalement antérieurement, il n'y a donc pas de rapport nécessaire.

Ce que nous disons des choses de l'ordre idéal, est vrai, et à bien plus forte raison de celles de l'ordre réel, de ce qui a

une existence effective. La matière, la force, Tftme ont

été créées ou existent par elles-mêmes. Dans ce dernier cas, leur existence est un état qui n'a plus rien de commun avec une mesure quelconque en durée. Dans le premier cas, le seul admissible par la raison et un raisonnement correct, ce qui précède leur existence n'est pas une durée non plus; leur existence est aussi un état et non un phénomène ; elle peut durer ou ne pas durer, selon la volonté de celui qui les a fait être, cela est bien évident; mais du fait même d'un commen- cement, il n'y a absolument rien à arguer contre la durée irffinie. Au moment même elles reçoivent l'être, elles sont comme si eUes avaient toujours été, et il n'y a aucune raison imaginable pour dire a priori qu'elles doivent cesser d'être.— Les personnes qui croient à l'extinction nécessaire de ce qui a eu un commencement, confondent visiblement un état avec un phénomène. Notre vie organique est un phénomène des plus transitoires, nous le savons tous, mais nous n'y songeons pas assez. Il nous est donné en naissant, comme une somme finie d'activité et d'action à dépenser; nous pouvons à notre gré dépenser pour le bien et pour le mal, physiquement et moralement; nous pouvons même sommeiller, et laisser la dépense se faire à notre insu; mais quand elle est opérée, la vie organique cesse. En ce sens même toutefois, et l'on ne

Digitized by V:iOOQIC

32 REVUE d'àlsàge

saurait assez le mettre en relief, la comparaison qu'on fait si scruvent de l'être organisé avec une machine est fausse. Dans une machine, les pièces mouvantes s'usent par le frottement et finissent par se briser ou s'enrayer, si le travail persiste trop. Dans l'être vivant, une semblable usure n'existe pas. Notre sang, nos muscles, nos os se renouvellent conti- nuellement; quand les éléments constitutifs d'un de nos organes, d'un de nos membres cessent, par une raison ou une autre, de se renouveler, cet organe, ce membre est perdu pour ses fonctions. Ce qui s'épuise ici visiblement et uniquement, c'est précisément la puissance d'organisation, de réparation, d'élimination des éléments nuisibles. Ici même toutefois, il n'y a aucune marche régulière, aucune similitude d'un individu à l'autre quant aux organes dans lesquels cette puissance plastique semble s'épuiser. Un tel conserve presque toute sa force musculaire; un autre conserve ses sens inaltérés; un autre conserve l'intégrité de son cerveau, qui reste fidèlement au service de l'âme pour penser. Quoiqu'il en soit, la confusion dont je parle est manifeste. La vie organique est transitoire^ mais les éléments qui y concourent ne le sont pas nécessaire- ment: ils peuvent l'être ou ne pas l'être, et nous ne sommes nullement en droit de décider a priori ce qui en est Ainsi que nous l'avons fait ressortir avec force dès le début, un abtme sans fond sépare le laïque de l'homme de science, et en sens bien opposé de ce qu'on eût pu croire, quand il s'agit de l'existence des êtres. Les laïques, dont un grand nombre tient pour impie tout homme qui doute, admettent sans difficulté et sans scrupule, que ce qui est peut cesser d'être, qu'une âme animale peut s'éteindre comme un flambeau. L'homme de science sensé, à qui l'éternel doute a été donné comme éternel stimulant, ici cesse de douter : pour lui ce qui est, ne peut cesser d'être spontanément

La science moderne démontre, non certes l'existence de Dieu, mais, ce qui équivaut en tous points, elle démontre la

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FUTCmS ST LA SCIEHCB MÛDBRNB 33

non-éternité de la substance en général, qui forme rUniyers :

MÀTiàBB, FOBCE, AME elle démoutre l'existence de

Télément animique d'une manière indirecte, mais équiyar lente à toute démonstration directe, en montrant que les éléments du monde physique sont absolument insuffisants pour donner lieu aux phénomènes du monde vivant La durée indéfinie de ce qui a une fois reçu Pêtre forme pour elle un axiome. En ce monde, l'élément animique qui constitue notre être pensant forme une unité bien définie; et c^est même, pour vrai, à cette unité que chacun de nous tient le plus. Il nous est logiquement permis d'admettre que Time possédait ce caractère d'unité au moment de son entrée dans l'orga- nisme et qu'elle le conservera à sa sortie. Mais quelle sera sa manière d'être, sa forme nouvelle? Qu'on le remarque for- mellement, je dis sa manière cP être, je ne dis pas sa destinée. Ce sont deux ordres de questions absolument distinctes. La première est du domaine de la critique scientifique, que la science puisse d'aiUeurs ou non la résoudre; la seconde est absolument en dehors de ce domaine: son étude doit être l'objet essentiel des réflexions de tout être qui pense et qui veut rester en paix avec lui-même.

La première question est du domaine de la critique scienti- fique, en ce sens qu'elle concerne l'ordre des faits qu'étudie la science; mais la science peut*elle la résoudre? Tout savant sincère répondra certainement que non.

£n ce bas-monde, savants aussi bien que laïques, croyants sincères aussi bien que sceptiques incurables, spiritualistes aussi bien que matérialistes, nous n'arrivons tous à la notion du monde externe que par l'intermédiaire de nos sens; nous ne pensons qu'avec l'aide du cerveau. Toutes nos idées, toutes nos pensées les plus immatérielles reçoivent l'empreinte des instruments à l'aide desquels nous les formons. Cette empreinte certes varie en profondeur, selon l'éducation que nous nous donnons, selon les efforts plus ou

NouYeUe Séné. ~ il**^aooée« 3

Digitized by V:iOOQIC

34 REVUB D'ALSACE

moins grands, plus ou moins soutenus que nous faisons pour nous en afiranchir, mais elle ne peut dtre efbcée chez per- sonne entièrement

Chez les personnes qui s'abstiennent de tout effort pour s'élever au-dessus des notions de pure sensation, qui ne s'exercent pas de bonne heure à mesurer en quelque sorte l'influence troublante de nos instruments de perception, cette empreinte est telle que certaines notions deviennent impos- sibles. C'est indubitablement & une raison de ce genre qu'il fautattribuer les discussions interminables qui ont eu lieu et qui ont lieu encore en mathématiques, par exemple, sur l'interven- tion ou la non-intervention de l'infini dans cette science. C'est encore & cette raison qu'il faut rapporter la résistance qu'op- posent certaines personnes à la notion de force, & l'existence d'un élément qui échappe à toute perception directe, et que, pur une paresse d'esprit invétérée, on ne peut plus mftne conce- voir comme une réalité. On substitue des atomes en mouvement incessant dans l'espace infini; on ne les voit, on ne les perçoit sans doute non plus, par la raison très simple qu'ils n'existent pas, mais on se les figure du moins, et tout semble clair dès lors. Enfin, et pour rester dans notre siget, c'est sans aucun doute & cette raison qu'il faut attribuer l'obstination que mettent un grand nombre de personnes à nier l'élément ani- mique. Chez les esprits incultes, ce motif de négation se tra* duit souvent sous la forme la plus naïve et la plus risible : « J'ai assisté h la mort d'un tel, je n'ai rien vu, rien entendu partir : pures inventions que tout cela ! » Chez les esprits culti- vés et habitués à mieux se masquer ^ ce sentiment ne se traduit pas sous cette forme cynique; mais il n'en existe pas moins très vivace.

Ayons le courage de le dire, n'estron pas en droit d'attribuer cette origine à une opinion qui est presque un article de foi dans le monde chrétien? Admettrait-on un seul instant que notre ftme sera condamnée un jour à revêtir de nouveau son

Digitized by V:iOOQIC

LA YIB rUTURB BT LA SCnifCB MODEENB 85

corps d'id-bas, si Ton avait la plus légère idée de Tétat d'une fime délivrée de ce corps? Une pareille opinion certainement relève du plus grossier matérialisme. En ce sens, hélas I les docteurs en théologie surenchérissent encore dans Ténoncé de ridée matérialiste, en affirmant que ce seront les mêmes matériaux qui formeront notre corps futur, et qu'il doit, par conséquent, être interdit de brûler nos cadavres, comme si ces matériaux ne se renouvelaient pas incessamment pendant notre existence organique, et comme si d'ailleurs dans cette supposition d'une résurrection o^anique, il était plus difficile de rebâtir notre malheureux corps avec les éléments dispersés par la combustion qu'avec ces éléments dispersés par la décomposition putride I

Les notions que nous avoiui du temps et de l'espace ne sont certainement pas fausses, comme l'ont soutenu quelques phi- losophes, mais elles sont incomplètes; elles sont relatives à tout ce que nous observons ici-bas; eUes portent l'empreinte de nos instruments de perception. Chez les esprits incultes, elles ont un caractère réellement obtus. L'esprit cultivé sent au contraire qu'elles pourront, en de certaines conditions, être autres que nous ne les concevons en cette vie; mais si exercé qu'il puisse être, notre esprit n'arrive pas & prévoir la forme réelle qu'elles auraient si nous pouvions nous détacher complètement de nos sens.

En un mot, et à un point de vue scientifique correct, nous ne pouvons rien affirmer, ni même rien concevoir, quant à la Tétat futur de notre être séparé de ses instruments d'investi- gation. En raison même des notions incomplètes que nous avons du temps et de l'espace, tout ce qui a été écrit sur cet état futur, par les poètes, par les philosophes, par les savants, revêt un caractère de puérilité ou de haute fantaisie, qui, gr&ce à une forme littéraire brillante et émouvante, peut nous capt^ pour quelque temps, mais ne laisse jamais de traces définitives et profondes dans l'esprit. Les peintures ou les

Digitized by V3OOQ IC

36 REVUE d'alsaœ

descriptions d'anges, de démons, de bienheureux, de réprouvés, que nous ont laissées les plus grands peintres, les plus grands poètes, quand elles tentent de s'élever au-dessus des formes humaines, au-dessus de Tanthropomorphisme, peuvent nous saisir pour quelques instants, mais nous font bientôt sourire. Ce qui y frappe, c'est la persistance de l'imagination à îoadiser^ à donner des formes finies k ce qui par son essence même se trouve, plus que probablement, en dehors des conditions finies de l'espace et du temps.

La nature incomplète des notions que nous avons du temps et de l'espace non seulement nous empêche de nous faire une idée de l'état, du mode de manifestation de l'élément animique dépouillé de ses instruments de perception, mais elle nous enlève même toute compréhension nette de ce qui pourra être pour nous un état de bonheur ou de malheur. La joie la plus pure, la plus élevée, n'existe, pour nous ici-bas, qu'à la condition de ne pas durer ou d'avoir même la douleur pour repoussoir. S'il est une infirmité humiliante, c'est que nous ne puissions pas même concevoir un état de félicité continu et toujours iden- tique. L'artiste, le poète, le savant, dans l'idéal de bonheur futur qu'ils se peignent, chacun à sa manière, introduisent tous, sans même s'en douter, la condition de changer sans cesse,^de toujours avancer, de toujours s'élever. Un grand peintre, sur son lit de mort, recevait les encouragements d'un ecclésiastique, qu'il comptait parmi ses amis: a Songez, lui disait le prélat, que vous allez contempler Dieu face à face. » a Mais mon père, objecta le peintre, ne le verrai-je pas aussi de profil?» Cette page dernière de la vie d'un artiste peut faire sourire et sembler ironique au premier abord. En y songeant pourtant, on ne peut qu'être frappé de la force avec laquelle elle fait ressortir une défectuosité de notre nature dlci-bas.

S'il est un sujet sur lequel l'imagination se soit donné libre carrière, c'est certainement dans l'invention des joies ou des peines qui nous attendent outre-tombe. Chacun a inventé des

Digitized by V:iOOQIC

LA VIE FUTURE ET LA SCIENCE MODERNE 37

plaisirs ou des supplices à sa guise; chacun se bfltit arbitrai- rement un paradis pour lui, pour les siens, pour ceux qui partagent ses opinions, et un enfer pour les autres. Dans cette diversité, il y a peut-être une image éloignée, mais pourtant juste de la vérité. Et dans ces inventions d'ailleurs, il n'y a rien que de très innocent, et même de très légitime, pourvu qu'on se les réserve pour son propre usage et qu'on ne prétende pas les appliquer inflexiblement à autrui, pourvu qu'on se rappelle que ce qui est le paradis pour l'un peut bien être le purgatoire pour un autre. Combien, hélas! prétendent étendre à l'autre monde l'intolérance dont ils font preuve en celui-ci. Rappelons-nous les paroles de cet Incas, qu'un Espagnol essayait de convertir, d'abord par voie de douceur, en lui peignant les félicités d'en haut. « Y aura-t-il des Espagnols dans votre paradis? » « Eh ! sans doute et surtout. » « Alors laissez moi aller en enfer. » Dans cette diversité d'inven- tions, qui est peut-être une image de la vérité réalisée ailleurs, notre esprit trouve du moins un moyen de surmonter quelques- unes des difficultés qui se dressent devant lui dès qu'il essaie de pénétrer du regard les voiles de l'avenir. Quelqu'ami qu'on puisse être de la concorde et des réconciliations, il ne nous est pas facile de comprendre comment Galilée, Jordano Bruno, et tant d'autres. . . pourraient en toute quiétude se côtoyer avec leurs juges qui pourtant, par droit de profession, occu- peront, dit-on, les premières places. Il ne nous est pas facile de comprendre comment les persécuteurs d'ici-bas pourraient se sentir heureux à côté des persécutés.

La science est muette sur les mystères d'outre-tombe, sur la manière d'être, sur l'évolution future de l'unité animique, qu'il s'agisse de l'homme à qui a été accordé, quand il le veut, le domaine de la pensée pure, ou des êtres inférieurs sentant et aimant comme lui, mais n'ayant pas le pouvoir de s'abs- traire. Mais elle abolit définitivement sur l'autre rive l'idée du néant; à l'être qui a su s'affirmer dans le présent et dire;

Digitized by V3OOQ IC

38 REVUE d'alsacb

« Je sens, j'aime, je pense, donc je sois, » elle dit: « Tu es, donc tu seras. »

La science nous conduit jusqu'à Pautre rive; mais elle ne saurait nous révéler notre destinée au delà. Sur la rive fatale, elle nous livre à notre conscience, au souvenir de notre passé, au sentiment de notre responsabilité. Ainsi que l'art, ainsi que la poésie, elle nous a été accordée comme un don, comme une faveur, pour nous faire comprendre la grandeur de notre mission, l'étendue de nos devoirs envers tous les êtres, ici-bas . Elle nous a été donnée comme un guide, comme un phare : elle ne peut nous servir d'égide, elle ne peut qu'aggraver notre responsabilité, si, par une misérable vanité, par ambi- tion, par asservissement à une caste, nous changeons la lumière en ténèbres, le bien en mal. Malheur au poète, à l'ar- tiste, au savant, lorsqu'ils font servir leur inspiration, leur lumière à autre chose qu'à l'affranchissement de l'esprit et à la glorification du bien, du beau et du vraL

G.-A. HntK.

Cohnar, août 1881.

Digitized by V3OOQ IC

LA FAMILLE DE ROSEN

La famille de RoBen, qui a joué un grand rAle en Alsace pendant près de deux siècles et qui, comme Ton sait, s'est éteinte en la personne de Madame Sophie de Rosen, veuve en premières noces du duc de Broglie, et mariée, après que son mari eût péri sous la hache révolutionnaire, au marquis René Yoyer d'Argenson, était originaire de la Livonie.

C'est vers 1840 que mourut la dernière descendante directe de cette Ulustre famille.

La maison des barons, puis marquis de Rosen, ne subsiste plus que par quelques branches collatérales fort éloignées, en Allemagne et en Russie.

M. Lehr, dans le bulletin de la Société pour la conservation des monuments historiques, a publié une fort intéressante notice sur la famille et les pierres tombales des Rosen se trou- vant dans Féglise de Dettwiller.

Il n'est pas sans intérêt de recueiUir tous les documents épars concernant cette famille; aussi avons-nous crû devoir sauver de Poubli les notices suivantes.

Elles sont extraites d'un manuscrit in-folio de 74 pageq portant le titre :

Digitized by V3OOQ IC

40 HETUB D'ALSACE

INVENTAIRE

DES TITRES GÉNÉALOGIQUES ET HONORIFIQUES DE LA MAISON DE

ROSEN

et dans un cartouche à la plume surmonté des armes de Rosen :

INVENTAIRE

CONTENANT

LES DIPLÔMES, CHARTES

ET AUTRES TITRES ET ENSEIGNEMENTS GÉNÉALOGIQUES DE LA MAISON DE

ROSEN

de la branche de Kleinropp établie en France en général, ensemble les lettres- patentes, Brevets, commissions et provisions de charges et de Dignités militaires et de Chevallerie et autres titres honorifiques

DE LA D. MAISON ET DE CHACUN DE SES MEMBRES EN PARTICULIER

Inventoriés et mis en ordre par les soins de Haut et puissant Seigneur, Messire Eu gène-Octave- Au gust in, * comte DE RosEN et DE Grammont, Marquis de Bollwiller, Baron de Conflandey, Seigneur de Herrenstein, etc., etc.. Brigadier des Armées du Roi, Colonel du Régiment de Dauphîné Inf**, etc.

FINI EN l'année MDCCLXIII.

^ Eagène-Octave-Angnstin de Kosen, fils aniqtie du marquis Armand de BoBen et dernier représentant mâle de la famille.

Digitized by V3OOQ IC

LA FAHULE DE R08EN 41

En tête du manuscrit se trouve un avertissement par lequel on fait observer que la maison de Rosen, particulièrement la branche de Kleinropp, était originaire et établie en Livonie, province du royaume de Suède, limitrophe aux états de Tem- pire de Russie et de ceux du royaume de Pologne, et le théâtre ordinaire des guerres de ces nations, par conséquent sujette à de fréquentes révolutions.

Il n'est pas possible, dit cet avertissement, surtout aux premiers de cette maison qui se sont établis en France et qui ont quitté leur patrie pendant leur jeunesse, d'amasser beau- coup de titres, mais encore de les apporter avec eux ni de les faire venir, d'autant moins que les atnés des familles sont toujours les dépositaires des archives et 1^ conservent dans leurs terres.

On ne doit pas s'attendre par conséquent à trouver ici un de ces volumineux tas de papiers dont on fait tant de parades. Ceux insérés dans cet inventaire sont si authentiques et si respectables qu'ils sont plus que suffisants pour prouver l'an- cienneté et la pureté de la noblesse et de l'illustration de la Maison de Rosen.

Après cet aveu quelque peu naïf, il ne nous reste qu'à présenter, par ordre de classement, les documents les plus intéressants.

No 1.

Témoignage ou certificat du maréchal et du corps de la noblesse du duché de Livonie au bas de l'arbre généalogique de trente-deux quartiers du côté paternel et maternel de très illustre et généreux comte

Conrad de Rosen

seigneur héréditaire de Kleinropp et de Raiskum, pour lors lieutenant général et depuis maréchal de France, portant que ledit seigneur comte Conrad de Rosen est d'une très noble et très ancienne race, que suivant les annales mômes du pays,

Digitized by V3OOQ IC

éSt EBVUB D*ALSAGB

dès les premiers temps da christianisme en Livonie (Tsrs Tan 1200) les descendants de cette illustre famille fiirent admis au nombre des chevaliers; que depuis ils n'avaient jamais discontinué de servir sous les étendards de leurs rois; qu'ils avaient mérité par leur valeur de glorieux emplois, de très belles charges et des terres en commande; qu'enfin ils avaient toujours fait des alliances d'une noblesse égale à la leur, comme le marquent les écussons de leur carte généalo- gique et que chacun des descendants, pour soutenir l'honneur de sa race, se crut obligé de joindre à l'éclat de son sang les solides ornements de la vertu et d'ajouter leur mérite per- sonnel au mérite de leurs ancêtres. Donné à Wenden, le 18* jour du mois de mars de l'année 1692.

No 8.

Autre attestation du comte Hartfer de Griffenbourg, séna- teur du royaume de Suède, maréchal de camp et gouverneur du duché de Livonie et de la ville de Riga, affirmant les faits ci-dessus.

Ce document constate encore que le chevalier Christian de Rosen, célèbre par les armes, est venu en Livonie vers l'an 1343 et a arraché cette terre avec les autres chevaliers de l'ordre équestre, des mains des idolfttres par divers sanglants combats; que ses successeurs, imitateurs de sa vertu, ont transmis l'honneur et la gloire de sa race aux dignes descen- dants de ses aïeux, non seulement par une bravoure, une fidélité et une prudence singulière qu'ils ont fait éclater sous les princes de Livonie, et surtout du Grand Gustave-Adolphe et autres rois de Suède.

(Ce certificat est daté de Stockhohn, le 12 janvier 1693.)

Ho 4. Diplôme ou lettres^atentes de Charles Xn, roi de Suède, de 1698, déclarant que les certificats de naissance de Conrad de Bosen sont conformes en toutes choses à la vérité.

Digitized by V:iOOQIC

LA FAimXB DE ftOSElf 48

Extrait des titres produits par Cionrad de Rosen, comte de BoUwiller, maréchal de France, nommé chevalier des ordres du roi, pour les preuves de sa noblesse faites par-devant M. le duc de Foix, pair de France, et M. le marquis d'UxelIes, maré- chal de France. Ledit Conrad de Rosen a été reçu chevalier après avoir prêté serment entre les mains de Sa ICajesté, à Versailles, le lundi matin, jour de la Puriiication, 1705.

No 7. Copie des attestations données par JPierre I*% czar de toutes les Russies, etc., etc., portant que les deux branches de la Maison de Rosen, Tune du feu général Rheinhold de Rosen, de Grossropp, et l'autre du feu général Conrad de Rosen, de Elein- ropp, toutes deux originaires de Livonie, sont de naissance à entrer dans tous les ordres de chevallerie.

Nû8. Procès-verbaux des preuves de filiation, légitimation et noblesse de N. Eléonor-Félix de Rosen pour dtre reçu chevar lier de justice dans Tordre de Saint-Jean de Jérusalem.

Arbres géxiéalog^iqiaes NM3. Arbre généalogique de Rheinhold de Rosen, ^ lieutenant général des armées du roi, de la branche de Orossropp, parent et beau-père de M. le maréchal de Rosen, donné par les direc- teurs-conseillers de la noblesse immédiate de la Livonie.

Signé par neuf gentilshommes et donné à Riga, à Thôtel de la noblesse, en 1716.

* Rheinhold de RoBen, mort à Bon chfttean de DettweUer le 18 dé- cembre 1667, enterré à l'église de ce village, se trouve la pierre tnmnlaire. 8a première femme, Anne-Marguerite baronne d'Eppe, morte le 38 fémer 1665, est enterrée avec M.

Digitized by V3OOQ IC

44 REVDS d'alsàce

No 18. Arbre généalogique de Marie-Sophie de Rosen, * fille de Rheinhold de Rosen et d'Anne-Marguerite d'Eppe, épouse de Conrad maréchal de France.

14. Arbre généalogique de Conrad de Rosen, maréchal de France, fils de Fabien de Rosen de Kleinropp, et de Sophie de Meugden.

16. Arbre généalogique de M. Rheinhold-Charles, fils de Conrad de Rosen-Kleinropp et de Marie-Sophie de Rosen-Grossropp.

No 18.

Copie simple d'un autre arbre généalogique de Demoiselle Louise-Jeanne-Charlotte de Rosen, fille de haut et puissant seigneur Anne-Armand marquis de Rosen, lieutenant général, et de haute et puissante Dame Jeanne-Octavie, comtesse de Vaudrey-St-Rémy, présentée au chapitre de l'Insigne Abbaye des Dames de Remiremont Du 4 mars 1741.

(Cette demoiselle était née en 1733.)

Contrats de mariages

No 1.

Contrat de mariage entre Messire Rheinhold de Rosen, colonel de cavalerie de l'armée des deux couronnes confédé- rées de France et de Suède, fils de Messire Otto de Rosen et d'illustre Demoiselle Anne-Marguerite d'Eppe. Passé à Strasbourg, en 1637.

No a.

Autre contrat de mariage entre le même et entre illustre Demoiselle Justine de Gernitz, passé à Saverne le 24 no- vembre 1666.

A ce document on a joint une transaction passée entre

* Sa tombe se trouve à Dettwiller; morte le 8 octobre 1686.

Digitized by V:iOOQIC

LA FAMILLB DE R06EN 40

ladite Dame de Gernitz, d'une part, et les enfants du premier lit dudit seigneur Rheinhold de Rosen. Du 31 mars 1668.

Nos. Contrat de mariage entre MessireRheinhold-Gharles, comte de Bosen, colonel d'un régiment de cavalerie allemande, tils de Conrad de Rosen, comte de Bollwiller, chevalier, grand'- croix de Tordre de Saint-Louis, général des armées du roi et mestre de camp, général de la cavalerie et depuis maréchal de France, et de défunte haute et puissante Dame Marie- Sophie de Rosen d'une part: et Demoiselle Marie-Béatrix- Octavie de Grammont Du 10 mai 169a

4. Contrat de mariage entre Messire Armand marquis de Rosen, mestre de camp d'un régiment de cavalerie allemande, fils de Rheinhold-Charles comte de Rosen, lieutenant général des armées du roi, et de Dame Béatrix-Octavie née comtesse de Granunont, d'une part: et de haute et puissante Dame Jeanne-Octavie, comtesse de Vaudrey, fille de haut et puis- sant seigneur Messire Nicolas- Joseph comte de Vaudrey et Guierche de Grozon, baron de Saint-Rémy, seigneur d'Auche- noncourt, Chazel, Melincourt, Aillevillers, Le Vaivre, Cour- benay, Achey, Moutot, des deux Andelots, deChâteaurouillaux, Coges et autres lieux, et de haute et puissante Dame comtesse de Rottembourg * d'autre part, avec les dispenses obtenues à la Cour de Rome. Ledit mariage célébré au château de Saint- Rémy le 24 juillet et ledit contrat passé au château de Bollwiller le 6 août 1731.

Testaments, IDonations et Ordonnance de dernière volonté

No 1. Donation faite par Conrad de Rosen, comte de Bollwiller, en faveur de Conrad-Edme de Rosen son petit-fils et filleul,

' Morte en 1749.

Digitized by V3OOQ IC

46 RBTUB D^ALSAGB

fils de Bheinhold-Charles comte de Rosen, et de Marie- Béatrix-Octavie comtesse de Grammont, d'un contrat de constitution de rente de 30,000 livres de principal, etc., passé par-devant Bemy, notaire royal à Isenheim, le 1*' février 1702.

N-8. Autre donation du même au même de la somme de 22,000 livres due au maréchal de Rosen par le comte de Grammont, Conflandey, etc. Du 28 mars 1703.

Testament nuncupatif de feu Monseigneur le maréchal de Rosen, reçu par Schaub notaire royal en la ville d'Ensisheim, le 29 décembre 1704.

No 7.

Autre donation faite par mondit seigneur le maréchal de Rosen, au profit de M. de Bollwiller troisième fils de Messire Rheinhold-Charles, comte de Rosen, son fils. Du 11 juil- let 1714.

N«&

Testament mystique et olographe de feu haut et puissant seigneur Messire Rheinhold-Charles, comte de Rosen, lieute- nant général, etc., etc. Du 20 mars 1742.

Inventaire, Pactes de faxxiille, Traités et Pax^ag^es de suocessioiis

1.

Traité et partage en langue allemande en original, ^ faite entre Sophie de Meugden, veuve de feu Fabien de Rosen de Eleinropp, d'une part: et Fabien, Otto, Magnus-Ernst et Con- rad de Rosen, ses quatre fils, d'autre part, des fiefe de Elein- ropp et de Raiskum faisant partie de la succession paternelle, et ce, du consentement des tuteurs et curateurs dudit seigneur.

Daté du chftteau de Kleinropp, le 28 mars 1653.

^ L'original eat entre nos mains.

Digitized by VnOOQ IC

LA FAMaLB Ml MSBIf 47

No». Traité tenant lieu d'inventaire et partage de la succession de feue illustre Dame Marie-Sophie, née de Rosen, décédée en 1686,' passé sous seing privé en langue aUemande, entre haut et puissant seigneur Conrad de Bosen, son époux, d'une parti et ses trois en&nts procrées avec ladite défiinte Dame, savoir: Kheinhold-Gharles, Anne-Jeanne épouse de Nicolas- Frédéric de Bothenbourg, ' maréchal des camps et armées du roi, et de Marie-Sophie de Bosen, veuve de feu Messire Meinrad-Planta de Wildenberg, d'autre. Â Strasbourg, le 15 mai 1699.

Cession et transport de la susdite Dame de Planta en faveur dudit seigneur et de son frère et de ses sœurs, de sa part et portion de la seigneurie de Dettwiller, de l'hOtel de Rosen situé en la ville de Strasbourg. 15 mai 1699.

Ho 6. Acte de résiliation en copie vidimée du traité de partage du 15 mai 1699, passé par-devant Rieden, greffier de Masevaux, entre mondit seigneur le maréchal de Rosen, et Dame Anne- Jeanne de Bothenbourg, née de Bosen, sa fille. Du 24 oc- tobre 1704.

* Enterrée à Dettwiller, se trouve «a tombe.

* Enterrés à Maseyanx.

Yoid les inscriptions tomnlaires qni se rapportent à la famille des Rosen. Inscriptions grayées snr table en marbre à l'église paroissiale de Saint-Martin à Maseranz, chapelle de gauche près l'autel de Saint- François-Xayier.

ICI REPOSBIfT LES RESTES MORTELS DBS COMTES DE ROSEN ET DE ROTHENBOURG, AltaENS PROPRIÉTAIRES DE LA SEIGNEURIE UNIE DE MASEVAUX ET DE ROUGEMONT, ENTERRÉS EN PREMIER LIEU DANS l'église PAROISSULE DE SAINT-MARTIN, SITUÉE JADIS SUR LE CDfE- TIÉRE, TRANSFÉRÉS EN 1786 DANS L'ÉGLISE SAINT-ERHARD, EN 1800 DANS L^ÉGLISB DE L' ANCIEN CHAPrTRE NOBLE DE CETTE VILLE. LEUR DERNIÈRE TRANSLATION A ÉTÉ FAITE DANS CETTE CHAPELLE EN 1843, CONFORMÉMENT AUX VOEUX DE LEURS HONORABLES ET NOBLES ALLIÉS.

Une pierre tombale trouvée lors de la démolition du baut-foumean

Digitized by V3OOQ IC

48 REVUE D'ALSACE

LIASSE D.

1. Inventaire et description des meubles meublants, vaisselle d'argent et autres effets, dépendants de la succession de feu M. Anne-Ârmand, marquis de Rosen, trouvés dans la maison qu'il occupait à Paris et dans laquelle il est décédé, le 28 no- vembre 1749.

Lettres-patentes, Brevets, Commissions et Provisions de charges et de Dignités militaires, etc.

BHEINHOLD de ROSEN, db la beahohb de GROSSROPP, lieutenant général des années du roi.

No 1. Brevet de pension du roi Louis XIII, en original sur par- chemin, portant que voulant reconnaître les services rendus par le sieur de Bosen, colonel d'un régiment de cavalerie allemande, et lui donner moyen de soutenir les dépenses qu'il est obligé de faire dans les charges et principaux emplois qu'il

de Masevanz, a jadis couvrir les restes dont il est question ci-dessus. Elle porte Tinscription suirante :

D. 0. M.

HIC RESSUKECTIONEM EXPECTAT EXCELLUS ET ILLUSTRIS DOMWUS NICOLAUS-FREDERICUS, COMES DE ROIHENBOURG DOMINUS A BEUTNITZ, MASMUNSTER ET DETTWILLER , REGIS CHRISTIANISSIMI CASTRORUM PRAEFECTUS QUI ANNO AETATIS SUPRA SBXAGESSIMA NONO ANIHAX GHRISTO CONSIGNAVIT DIB VIGESSIMO APRILIS. ANNO 1716.

Sur l'autre partie de la pierre se trouve Tinscription suivante :

ILLUSTRIS ET PIENTISSIMA UXOR SUA ANNA-IOHANNA GOMITISSA A ROSEN CELSISSIMI DOMINI CONRADI A ROSEN QUONDEU FRANCI/E MARE- SCHALLI SUPREMORUU ORDINUM REGIS CHRISTIANISSIMI GOMMENDAT- ORIS PRIMOGENITA GONJUGI BENE MERITO APPONI ET HOC TUMULI ELOGIUM CONSCRIBI CURAVIT, OBIIT

DIE 17 APRILIS ANNO 1727 REQUIESGANT IN PAGE

Digitized by V:iOOQIC

LA FAMILLE DE R06EN 49

a pour le service de Sa Majesté, lui a accordé la somme de 12,000 livres de pension par chacun an durant la guerre, et lors de la paix Sa Majesté promet de lui faire assigner sur un domaine certain de son royaume, la même somme sa vie durante. Donné à Saint-Germain-en-Laye, le 22 novembre 1639.

A cette pièce on a joint les lettres-patentes de Louis XIII, portant confirmation du don fait audit Seigneur Rheinhold de Rosen, par le duc Bernard de Saxe-Weymar, de la seigneurie de BoUwiller, Zillisheim et de la villette de Soultz au pais d'Alsace, appartenances et dépendances, etc., etc.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, février 1640.

No a.

Lettres de don du même monarque de la somme de 10,000 livres pour tenir lieu audit seigneur Rheinhold de Rosen de la rançon de major-général de l'armée impériale par lui fait prisonnier en la bataille de Rheinfelden en 1638.

Saînt-Germain-en-Laye, 1640.

N«S.

Lettres-patentes de Louis XIV, accordées audit seigneur Rheinhold de Rosen, cy-devant général-major en l'armée du roi en Allemagne, et lieutenant général commandant sa cava- lerie, par lesquelles Sa Majesté l'a établi, constitué et ordonné sous-lieutenant général, représentant sa personne tant sur ledit corps de troupes qui sera tiré des armées de la couronne de Suède et viendra au service de Sa Majesté, que dans celui qu'il mettra sur pied, etc., etc. Du mois d'avril 1649.

No 6. Lettres-patentes du même roi, par lesquelles ledit seigneur de Rosen est établi lieutenant général représentant la per- sonne de Sa Majesté en ses armées de la haute et basse Alsace, pour en cette qualité commander toutes et chacune

Nouvelle Série. -^ ii** année. 4

Digitized by V3OOQ IC

50 REVUE D'ALSACE

les troupes, tant de pied que de cheval, françaises et étrangères qui y sont et seront cy-après, assiéger les places, les prendre par force ou composition, etc. Données à Gyen, le 15 avril 1652.

No 7. Diverses lettres et mémoires concernant la discussion sur- venue entre M. le maréchal de Turenne et l'armée suédoise commandée par Rheinhold de Rosen, aux environs de Saverne en 1648; pièces par lesquelles ledit général s'est justifié à la Cour, le traité conclu à ce sujet par les principaux officiers de ladite armée ensemble ses traités et capitulations faites avec la Cour. Instructions diverses, etc.

Nous avons été assez heureux pour trouver quelques pièces qui se rattachent à cette affaire. En voici en partie la copie ou l'extrait suivant auquel nous croyons y trouver un intérêt historique :

Relation de Madame la Lieutenande OénéraUe de Rosen.

Vostre Majesté aara sans doute apris ce qne depuis peu s'est passé en l'armée du Roy en Allemagne et comme le Lieutenant Gnal de Rosen mon Mary retournant nouTellement de son emprisonnement de deux ans arriva à l'armée lors que ce malheur avait commencé il apporta tout son possible pour remettre la dicte armée en bon Ordre et ramener tout le monde & la dévotion et obéissance de vostre Majesté. Ce nonobstant Monseig' le Mareschal de Turenne, à je ne scay qu'el dessein et pour quel subject, l'a fait arrester et mener prisonnier à Philipsbourg. Ce qui m'a obligée toute éplorée de prendre la hardiesse de remonster à Y. M. en toute humilité et dede vénérence la vérité, qui est de ma cognoissance en affaire; Monsseigneur le M^^ n'ayant en pre- mier lieu point tenu de rendevous selon qu'il est de coustume, n'y voulu payer le mois de gage promis, ains sans tenir Conseil de guerre ny leur parler et descouvrir son dessein, donne ordre de marcher sépa- rément et par divers endroits dans les montagnes. Cela les a rendus mal contents, donné mauvais soupçon et les fit ressoudre de s'assembler proche de Saverne pour entendre l'intention de M^' le Mareschal, lequel au lieu de bon accueil que les officiers et soldats espéroient recevoir,

Digitized by V:iOOQIC

LA FAMILLE DB R06EN 61

les traicta de fort rudes paroles et ce contre l'avis de mon Mary qui par d'instantes prières supplia mon dit Seigneur le M^^ ne pas les traicter de tel façon ains de leur donner de bonnes paroles. Yen que Monseigneur le duc de Longueville n'y M' le M*^ de Guebriant (d'heu- reuse mémoire) ne les ont jamais traictez de la sorte et reconnaissans en Monseigneur le M^^ le peu ou point d'affection, firent difficulté de marcher, ce nonobstant Monseigneur le M*^^ passa avec l'Infanterie contre Pfaltzbourg et de renvoya mon Mary avec M' de Tracy et le vicomte de la Met pour tascher de les réduire et remettre en bon ordre. Lesquels n'y pouvons rien effectuer, Mes d* Seigneurs de Tracy et de la Met trouveront bon que mon Mary demeurast auprès des dits Régi- ments et autant que possible, les conserver et retenir dans le service du Roy ce qu'il fist, ou il recogneut avec grandissime regret qu'ils ne vouloient obéir n'y recognoitre leurs officiers et qu'ils étaient prest à se débander; Néanmoins mon Mary avec de bonnes parolles, les ramena aucunement à leur devoir, mais ils faisoient grande difficulté de demeu- rer de deçà et vouloient de force repasser le Rhin, tirant de plus en plus la procédure de Monseigneur le M^ et les mauvaises paroles reçues de luy, ce que mon Mary a empesché tant qu'il a peu, aussy bien que de leur ester de l'esprit le faux bruit que les trois Régiments que le colonel Bambach a mené en France et le Régiment d'Erlach avoient été taillez en pièce par l'armée du Roy et qu'Eux y arrivants seroient traictez de mesme, ce qui les a tellement opiniastrez qu'ilz n'ont voulu demeurer du tout de deçà le Rhin ayant de leur propre authorité envoyé demander des batteaux à la ville de Strasbourg avec menace en cas de refus de brusler et mettre en totalle ruine leurs villages, Et sy mon mary ne leur en vouloit faire avoir le plus promp- tement qu'il pourroit qu'ils se débanderoient sans plus de délay et passeroient très aisément par tout ils voudroient. Mon Mary pré- voyant le grand malheur qui en pourrait arriver et qu'autrement on ne le pouroit conserver, fut contraint de s'y résoudre considérant que mieux valoît les conserver de delà que de les perdre deçà le Rhin, Et encore qu'il ait escrit à MM^" de Strasbourg pour ce Subject qu'il fut force de faire, si est ce qu'en même temps, il leur envoya son Secré- taire pour les prier de n'y consentir pas parcequ'il esperoit de les pouvoir encore ranger en de deçà comme les MM'" en pouroient attester, mais se voyant frustré de son opinion et obligé de consentir au passage il leur fit avant que passer prester serment de demeurer et ne quitter le service du Roy, mesme de vouloir recognoitre leurs officiers comme cy devant. Ce qu'ilz firent, et ce nonobstant étans au delà du Rhin et

Digitized by V3OOQ IC

52 REVUE d'ai^ace

ayant employé de tous costez tout ce qu'on à pu ilz sont demeurez opiniastrez jusques à ce qu'à la fin, après une infinité de remonstrances tant de bouche que par escrit mon Mary ayant escrit à chaque Regimentà part pour les forcer à une résolution finale et ayant mesme fait exécuter deux des plus mutins en la présence des Regimentz, ils se sont résolus de faire tout ce qu'on leur ordonneroit, à la charge qu'on leur tiendroit ce que M' de Tracy leur avoit promis à Rastat comme mon Mary peut prouver par la responce des dicts Régiments qu'il garde en original. Et comme l'accord estoit faict de costé et d'aultre et qu'il ne manquoit que la seule signature pour laquelle effectuer mon Mary s'approchoit du Rhin que Monseig' le W^^ venant à passer aussy pour mesme effect les trouppes en prennants de nouveaux ombrages commencèrent de rechef à se retirer de peur que Monseig>^ le M<^^ ne les voulust charger comme ilz savoient qu'il avoit desjà eu auparavant le dessein, et encore que Monseig' le M*i et mon Mary les suivirent et les rencontrèrent encore tous ensemble à Biel et à l'entonr ou ilz ont parlé souventesfois avec eux, si est ce qu'à la fin Mon d^ Seigneur le M*^^ donnant ordre aux officiers de loger dans certaines villes et les cavalliers mal contents en dehors avec deffences expresses aux officiers de ne les plus suivre n'y les prendre en leurs quartiers ainsi les laisser aller et ne s'en mesler plus, Telles procédures estant directement contre le pardon du Roy qui estoit peu auparavant publié à l'armée, ilz farent grandement irritez et encore plus mal contents entendant l'Arrest de mon Mary, tontes ces choses ont aussy esté cause qu'ils n'ont plus voulu se fier à la bonne volonté et confiance de leurs propres officiers, et combien que depuis ils se sont déclarez que moyennant la présence effective de Monseig' le Mareschal celle de mon Mary, du Général Major Fleckenstein et tous autres officiers auprès des Régiments, ils s'accommoderoient et continueroient dans le service da Roy, Monseig' le M^^ n'a voulu aggréer cette condition, au contraire sortit il le 25"« Juillet de Heil- bron avec cavallerie et infanterie et quelque pièces de canon à dessein de les charger et de les ramener par force à l'obéissance, qui est une chose très facile à juger que le service du Roy ne pourra jamais de cette manière estre avancé mais il est plustost à craindre, de les chasser entièrement et peut estre donner occasion qu'ils prendront service auprès du party contraire. Ce que Monseig' le M*^ pouvait par le moyen du rendez vous et de ses bonnes grâces éviter, Mais voyant à présent qu'il a manqué il veut mettre la faute sur mon Mary, encore qu'il soit nottoire pour toute l'armée et à Monseig' le M^ mesme qu'il ait faict tout son possible et n'ait rien espargné pour ramener les dictes

Digitized by V:iOOQIC

LA FAMILLE DE ROSEN 58

tronppes à lear devoir et qu'il est (J'appelle à Tesmoing Dieu et tons les officiers de l'Année) entièrement incoupable, l'innocence duquel esclatera davantage quand Y. M. lui fera la grâce de Iny permettre qu'il se puisse justifier devant elle ou au moins devant des juges non prévenus de passions, partialité ny aucun intérêt particulier.

Pourtant Y. M. est très humblement supplye de le faire délivrer de la prison afin que le moyen de se justifier et de faire entendre à Y. M. ses très justes et légitimes raisons ne luy soient ostées.

Voici maintenant la lettre adressée par Madame la maré- chale de Rosen à son Altesse royale, Madame la duchesse d'Orléans, à Paris :

Madame

Comme vostre Altesse Royale exerce toutes les vertus chrétiennes à un Souverain point, je prends la hardiesse de la supplier très humble- ment de vouloir employer celle de la pitié envers mon cher Mary, qui est détenu prisonnier en cette ville, depuis 4 mois, et qui s'étant justifié suffisamment de tout ce qu'on luy a voulu imposer, n'a autre recours pour sortir de cette misère qu'aux âmes Religieuses et puissantes, pour obtenir sa délivrance, H vous implore, Madame, et moy avec luy, qui vous conjurons tous deux de vouloir parler à Son Altesse Royale vostre cher Espoux à intercéder pour luy auprès de leurs Mayestez, afin que sa longue prison se change en une liberté, laquelle on ne lui peut denier par la justice de sa cause, corne il fait paroistre par la responce, qu'il donne aux poincts dont on la (sic) voulu charger, si je receois cette charité de la bonté de Y. A. Royale je ne cesseray de publier en tous les endroits je me trouveray, qu'Elle est l'asile des affligez et de ceux qui sont opprimez innocemment corne aussy de prier Dieu inces- samment pour la prospérité de Yostre Altesse Royale corne estant

Madame

Yostre très humble et

très obeyssante servante

Anna Maboarbtha von RosBN geboren von Epfe à Philipsbourg le 24»« 8**- 1647.

Le document ci-dessous nous apprend qu'un mois après le général de Rosen était encore retenu prisonnier. Voici la

Digitized by V3OOQ IC

54 REVUE D'ALSACE

lettre adressée à Son Altesse Monseigneur le prince de Condé, à Paris :

Monseignenr,

L'espérance que j'ay en d'estre amené de Philipsbourg à Paris, me promettoit d'avoir l'honneur de faire la révérence à Y. A. et luy tes- moigner en effet la joye que je reçois maintenant de son heureux et désiré retour de Catalogne, mais le malheur m'a voulu (sic) que contre mon opinion j'ay été conduit et arresté dans la Citadelle de Nancy sans passer plus outre, ce non obstant, je n'ay pas voulu manquer de rendre mes devoirs à Y. A. par celle cy, la suppliant très humblement de continuer sa bienveillance et grâce à une personne qui a fait de tout temps profession d'être son très humble Serviteur, Je ne désire pas d'entretenir Y. A. du malheur qui m'est arrivé par un arrest pré- cipité de M' le M^^ de Turenne dont tout le monde est imbu et le bruit espandu par tout, il est encore moins nécessaire de tesmoigner et faire paroistre à Y. A. mon innocence estant assuré qu'elle aura une meil- leure opinion de mon innocence et n'adjustera pas foy aux accusations dont on s'efforce de me charger. Néanmoins, si Y. A. me veut faire la grâce de prendre la peine de voir non seulement mon Ëscrit cy joinct, mais d'entendre aussi ce que mon frère lui pourra représenter de bouche, sans doubte mon innocence lui paroistra tout évidente, C'est pourquoy j'ai mon recours à la grâce et à la bonté de Y. A. la suppliant très humblement de disposer leurs M^*" et son Eminence, de m'accorder mon entière délivrance et première liberté ce qui m'obligera de demeu- rer toute ma vie

Monseig' de Y. A.

Le très humble, très obéissant et très

obligé serviteur

B: VON BosBN

A Nancy ce 27 9^ 1647.

En 1650 nous retrouvons le général de Rosen de nouveau investi de son commandement par un arrêté du Roi qui est ainsi résumé :

< Abolition accordée par le Roi Louis XIY pour le crime de Rébel- lion et de Désobéissance cy devant commis par les gens de Guerre, officiers et soldats tant de Cavallerie que d'Infanterie de quelque nation qu'ils soient, dont ils ont été coupables, pour s'être mutinés, avoir quitté le service du Roi sans congé et pris cellui de ses ennemis et ce

Digitized by V:iOOQIC

U FAMILLB DB ROSEN 55

en cas qu'ils retournent à la solde de sa M^esté sons le Commande* ment du Sieur de Bosen Lieutenant Général de FArmée du Roi en Allemagne. < Donné à Rouen le 19 jour de férrier de l'année 1650. »

Un mois après, Feuquiëre lui adresse, de Verdun, la lettre suivante :

Monsieur,

Les ennemis sont retirés, n'attribuez pas siWousplait Tostre déloge- ment à la faute du pont car je tous assure qu'il estoit impossible avec toute sorte de diligence que tous en peussiez senrir devant ce jour d'hui au soir à cause des difficultez qu'il y a a passer les escluses. Je suis bien aise d'apprendre que nostre canon tous a servi selon mon dessein, si celui qui tous avoit donné le premier avis me l'eut dit en passant il aurait fait son devoir car si les ennemis n'eussent passé comme ils ont fait à la veue de cette place possible que je ne l'eusse pas sçeu assez tost car ils ont marché fort viste, je vous supplie de vouloir espargner les terres de mon frère, je suis

Monsieur, vostre très humble serviteur

FXUQUIÈSB.

A Verdun le 4»« mars 1650.

On sait que le général de Rosen, après sa détention à Nancy, qui dura près de huit mois, se justifia et fit si bien reconnaître son innocence, que le roi, par lettres-patentes du 15 avril 1652, lui donna le commandement en chef de la haute et basse Alsace, avec pouvoir absolu et étendu.

Il quitta le service bientôt après, et mourut le 18 décembre 1667 dans son château de Dettwiller.

No 14.

Mémoires historiques, relations de combats et batailles, notamment de celle de Zigenhain remportée par le général Rheinhold de Rosen sur la baron Bréda, lieutenant maréchal de camp général de Tempereur, le 15 novembre 1640»

Digitized by V:iOOQIC

56 REVUE d'alsace

CONRAD DE ROSEN, de la branche de KLEINROPP, maréchal de France, cousin et gendre du précédent, est le 19 sep- tembre 1629, et marié à Marie-Sophie de Rosen, fille da précédent, le 3 février 1660.

No 1. Commission de mestre de camp d'un régiment de cavalerie allemande à lui accordée par le roi Louis XIV, datée de Paris, 20 novembre 1667.

No 4. Commission de brigadier dans la cavalerie légère. Du 12 mars 1675.

N7.

Lettres-patentes de Louis XIV, roi de France, par lesquelles ce monarque, en considération des importants services rendus par Conrad de Bosen, a donné et accordé à ce seigneur le revenu du domaine de la sénéchaussée de La Motte et Bour- mont, située en Bassigny, jusqu'à ce que ledit seigneur de Rosen soit remis en la jouissance de ses terres en Alsace ruinées par les ennemis, etc., etc.

Données à Fontainebleau, le 25 septembre 1677.

No 8. Commission de maréchal des camps et armées du roL Du 20 janvier 1678.

NMO. Lettres de services en qualité de maréchal de camp. Ce seigneur fut chargé de recevoir à la frontière Madame la dauphine, princesse de Bavière, en 1680. En 1681, il embrassa la religion catholique.

NO 11. Provisions de lieutenant [général des armées du roi pour ledit seigneur Conrad de Bosen, données à Versailles, le 24 août 1688.

Digitized by V3OOQ IC

LA FAMILLE DE R06EN 57

No 12.

Commission en original en langue anglaise sur parchemin, signée et scellée en bonne forme, avec une traduction en fran- çais, de Jacques II roi d'Angleterre, par laquelle ce monarque établit ledit seigneur Conrad de Rosen, maréchal de camp général de toutes ses armées et troupes levées ou à lever dans le royaume d'Irlande, etc., etc.

Donnée au château de Dublin, le 6 avril 1689.

N- 18. Provisions de la charge de mestre de camp général de la cavalerie légère en faveur dudit seigneur, donnée à Versailles le 6 avril 1690.

N- 14. Provisions de grand'croix de l'ordre de Saint-Louis, avec une pension annuelle de 6000 livres. Mai 1693.

No 16. Don du roi audit seigneur de la somme de 200,000 livres. 1698.

No 16. Provisions en original de maréchal de France, pour ledit seigneur, Conrad de Rosen. Signé Louis, et par le roi, Phili- peaux. Données à Versailles, le 14 janvier 1703.

No 19. Extrait mortuaire de feu M. le maréchal, décédé dans sa terre de Bollwiller et enterré dans le caveau de sa famille en la paroisse de Feldkirch, le 3 août 1715.

No> 20 à 28. Divers paquets de lettres, correspondances de la famille, dont une partie a été enlevée ou brûlée par M. de Rosen même, conmie l'indique l'annotation : « Brûlé la liasse 25, etc., et signé de Bosen. »

Digitized by V3OOQ IC

&8 RETUE D'ALSACE

RHEINH0LD-CHARLE8, comtb db ROSEN, lieutenant général, fils du précédent, le 10 janvier 1866.

No 1. Commission de capitaine d'une compagnie dans le régiment de cayalerie de Rothenbourg, donnée à Versailles le 23 dé- cembre 1682.

NO 4. Commission de lieutenant-colonel dudit régiment, donnée à Versailles le 12 août 1693.

No 7. Commission de mestre de camp du régiment de cavalerie allemande, ci-devant de Rottembourg, devenu vacant par démission, donnée à Versailles le 17 février 1696.

No 8. Brevet de brigadier de cavalerie des armées du roi, donné à Versailles le 10 février 1704.

No 9. Brevet de maréchal de camp, donné à Versailles le 20 mars 1709,

No 11.

Provisions de commandeur de Tordre militaire de Saint- Louis, à la pension de 3000 livres par an que possédait M. de Vauban, accordées par Louis XIV.

Données à Versailles le 10 août 1715.

No 12. Pouvoir de lieutenant général des armées pour ledit seigneur de Rosen, donné par le roi, à Paris le 1" octobre 1718,

No 18. Extrait mortuaire portant que ce seigneur est décédé, au château de Bollwiller, le 13 juin de Tannée 1744, et inhumé au caveau de la chapelle par lui bâtie en Téglise de Feldkirch.

Digitized by V:iOOQIC

LA PAMaiiE DE RMElf 69

No 14.

Lettres-missives du roi de Pologne, Stanislas, écrites & M. le comte de Rosen.

ANNE- ARMAND, kabquis db ROSEN, lientenant général, fils du précédent, le 26 juillet 1711.

No 1. Commission de mestre de camp accordée par le roi audit seigneur, marquis de Rosen, d'un régiment de cavalerie alle- mande de son nom, signée Louis. 12 avril 1729.

No 8. Brevet de brigadier de cavalerie accordé audit seigneur, signé Louis et donné à Versailles le 1*' janvier 1740.

No 4. Lettres-patentes de Louis-Auguste de Bourbon, prince de Dombes, comme exerçant la charge de grand-veneur de France, portant permission à M. le marquis de Rosen, de chasser le chevreuil et le sanglier, li cor et à cri, dans la forêt de la Harth, en Alsace, données à Versailles le 28 août 1740.

No 6. Brevet de maréchal des camps et armées du roi, du 10 mai 1744.

No 6. Lettre de service en qualité de maréchal de camp dans Tarmée de Flandre sous le commandement du maréchal comte de Saxe, du 1" avril 1745.

No 7.

Pouvoir de lieutenant général des armées du roi accordé par Sa Majesté audit seigneur Anne-Armand de Rosen, signé Louis, et par le roi, de Voyer d'Argenson, donné à Versailles le 10 mai 1748.

Ce seigneur est décédé à Paris et a été inhumé en l'église paroissiale de Saint-Sulpice, le 28 novembre 1749.

Digitized by V:iOOQIC

(K) REVUS D'ALSACE

ELEONOR-FELIX, ohsvalibb db ROSEN,

frère da précédent, mestre de camp d'an régiment de cavalerie,

le 2 septembre 1713.

NM. Commission de capitaine d'une compagnie dans le régiment de cavalerie allemande de M. le marquis son frère, signée Louis; avec les lettres d'attaches du comte de Chatillon, mestre de camp général de la cavalerie légère de France, donnée à Versailles, le 15 avril 1730.

No 2.

Commission d'un mestre de camp d'un régiment, dont était pourvu le sieur de L'Ordat et devenu vacant par sa démission, visée par le comte d'Evreux, colonel général de la cavalerie, et donnée à Versailles, le 16 avril 1738.

M. le chevalier de Rosen est mort célibataire et a été enterré en l'église Saint-Jean, à Strasbourg.

E. Gâsser.

Digitized by V3OOQ IC

LES

EX-LIBRIS DANS LES TROIS ÉVÊCHËS

TOUL METZ —VERDUN 1552-1790

II BIBLIOPHILES ET COLLECTIONNEURS TOULOIS

Suite ^

L'évêque-comte de Toul, prince du Saint-Empire romain, s'intitulait, en 1743, devant les commissaires du parlement de Metz, a seigneur temporel, haut justicier des villages compo- sant les châtellenies de Liverdun, de Blénod, de Brixey et de Maiziëres ». De leur côté, les doyen, chanoines et chapitre de Téglise-cathédrale se déclaraient seigneurs hauts justiciers des prévôtés de Void, de Vicherey et de Villey-le-Sec et seigneurs voués d'Âutreville, Hamonville et Punerot en partie. D'après Stemer, vingt-cinq localités ou censés dépendaient du temporel épiscopal, et vingt-sept appartenaient aux chanoines. Ces deux seigneuries, bien distinctes, * avec la ville royale de Toul, ses dépendances, et quatre villages hautes justices laïques formaient le bailliage royal présidial de Toul.

En 1773, M. de Champorcin, originaire de la Haute-Provence

^ Voir la llTraison du dernier trimestre 1881. * Comprenant des localités appartenant anx départements de Menrthe' et-MoseUe, de la Meuse et des Vosges.

Digitized by V3OOQ IC

62 REVUE D'ALSACE

et évêque de Senez, * succéda au très regretté Drouas. Lié par des engagements secrets et pour permettre la création des deux nouveaux diocèses de Nancy et de Saint-Dié, il laissa mutiler, avec le consentement du chapitre, l'antique circon- scription leuquoise remontant à Tintroduction du christianisme dans les Gaules et comprenant mille cent trois paroisses.

Par suite de ce malheureux démembrement, le diocèse n'eut plus que sept cent soixante-quatre paroisses. Les revenus épiscopaux furent amoindris; VAlmanach royal ne les porte plus qu'à la somme de 37,000 francs. Il est vrai que quelques bénéfices ecclésiastiques et la mense abbatiale de Saint- Mansuy comblèrent un peu le déficit.

Peu de temps après le démembrement, les chanoines, en 1776, furent décorés d'une magnifique croix pectorale et anoblis. Cet acte de munificence du bon roi Louis XVI causa une profonde irritation dans la ville, dont les habitants voyaient avec chagrin l'entrée du chapitre interdite pour tou- jours à leurs enfants, qu'ils considéraient, avec raison, d'aussi bonne souche que les nobles du pays voisin.

Un Toulois, Charles-François Bicquilley, écuyer, ancien garde-du-corps, composa, à cette occasion, un poème des plus méchants contre les nouveaux anoblis. Ce poème héroï-comique en huit chants est intitulé : la Croisade; il fut dédié à l'évêque et au chapitre de Verdun qui avaient refusé de se laisser anoblir et décorer.

Des chansons, des noêls, des complaintes d'une méchanceté inouïe circulèrent également sous le manteau, dans la pro- vince et même en France. ^ Bicquilley interpelle ainsi ses

' Le diocèse de Senez ayait trente-trois paroisses et rapportait 10,000 livres.

* Mil® Bicquilley en fit des copies pour deux collectionneurs émérites, MM. Noël et Dufrêne. Ces poèmes ne sont pas très rares, malgré le dire de quelques personnes. Ils se trouvaient dans la coUection Ëmmery. C'était un recueil formé par Téchevin Thouvenin.

Digitized by V:iOOQIC

LES BX-LIfiRIS DANS LES TROIS ÉVÊGBÉS 68

compatriotes déclarés indignes par leur naissance d'entrer dorénavant dans la noble assemblée :

Les Yoilà tons chassés de ce chapitre, Qui de leur nom s'est honoré longtemps ; Trente gredins en rabats et jaquettes. De Léopold ^ portant les savonnettes, Viennent leur dire : Allez, fuyez, manans, Et faites place à ces illustres frères, Fils et neyeux des laquais de yos pères. (Croisade, V. 200.)

Les Toulois étaient fiers avec raison de leur naissance. Us étaient nés ingénus, ayant le droit de chasse et de pêche chez eux. Si à Verdun les notables élisaient les membres du magistrat et même le maire, à Toul le pouvoir municipal se partageait entre les bourgeois et Tévêque qui choisissait, pour administrer la cité, celui des trois candidats proposés qui lui convenait le mieux.

En 1788, lors du travail préliminaire pour les Etats géné- raux, l'antique cité leuquoise refusa avec beaucoup de fermeté le classement en trois ordres. Les habitants, disait-on, sont tous égaux, il n'y a ni clergé, ni noblesse, ni tiers-état On lit dans la protestation des quarante élus des paroisses de la ville et des faubourgs ces fières paroles:

a II n'y a pas de noblesse dans le Toulois, jamais la vieille cité ne fut une prison d'esclaves; jamais la liberté civile, jamais l'égalité qui en est le ferme soutien; jamais les dieux lares tutélaires ne sortirent des murs et du cœur des Leu- quois. La Constitution touloise n'admet pas de distinction des trois ordres qu'on voudrait lui faire connaître après dix-huit cents ans. »

On dut se conformer cependant à la lettre royale. Le clergé, comme à Verdun, à Metz et à Saint-Dié refusa ses voix à son chef. (Jn petit curé de campagne fut élu député aux Etats

^ Ce duc de Lorraine fit de trop nombreux anoblissements.

Digitized by V3OOQ IC

64 REVUE d'aLSACE

généraux, le comte d'Alençon représenta la noblesse, et le président du bailliage le tiers- état

Pour pouvoir donner une Beprésentation k l'évêché-comté de Toul,* on lui avait ajouté le bailliage épiscopal de Vie, siège de la principauté ecclésiastique de la ville de Metz.

Parmi les pièces satyriques, composées à cœur-joie contre les malheureux chanoines, on peut encore citer un Noël ils sont flagellés d'importance. L'auteur, le major de place Bicquilley, fut plus tard mis en prison. Cela augmenta néces- sairement la vogue des couplets, et on les chantait encore en 1789, lorsqu'on apercevait un des personnages.

L'ostentation des chanoines à se parer en voyage de leur croix, fut cause que le roi leur fit défendre, en 1780, de la porter hors de la province ecclésiastique. Ce fut une amëre déception, et le chagrin des orgueilleux décorés augmenta encore lorsqu'ils entendirent chanter une complainte saty- rique à ce sujet. Elle est encore due au major de place.' Au reste, au moment éclatait la Révolution, la paix était faite entre les bourgeois, l'évêque et les chanoines.

L'auteur de la Croisade était, en 1790, maire de la ville et notable du département, et, à cette époque, ce n'était point un vain titre. Tout le monde était républicain à Toul; quel- ques chanoines adoptèrent les nouvelles idées, et même l'imprimeur épiscopal tourna casaque. Il imitait son confrère de Verdun, Louis-François Christophe, qui, en 1791, fut du Conseil général et membre du directoire du département

Un prêtre de Sainlr Nicolas, Pierre Jacobi, avait transporté momentanément ses presses, de 1503 à 1521, à Toul. M. le conseiller Beaupré pense que le premier imprimeur qui s'établit définitivement dans VUrbs Leiicorum fut, en 1551,

* Le célèbre graveur Israël Silvestre écrit TotU en Lorraine; cela signifie que cette ville était en Lotharingia, le pays de Lothaire, ce qui est autre chose que le minuscule duché de Lorraine.

' Voir dans l'Appendice les deux pièces.

Digitized by V:iOOQIC

LES EX-LIBR18 DANS LES TROIS ÉVÉCHÉS tt

Jean Palier. La suite des imprimeurs est connue jusqu'à nos jours. Les Garez, à la fin du xtiii* siècle, donnèrent un certain renom à « Timprimerie de Monseigneur Teuesque ». Ils por- tèrent tous les trois le prénom de Joseph. Le premier fut Joseph Garez I, gendre de l'imprimeur toulois Laurent Dès 17ô9, on voit des livres imprimés à son nom. Il prétendait descendre d'une noble fÎEunille écossaise venue en France avec le roi Jacques.

Son fils, à Toul en 1753, est célèbre par ses essais sur Vomotypie, qu'il entreprit grâce aux conseils de ses amis Téchevin Thouvenin, le capitaine du génie de Gurel et le cha- noine Caflfarelli, dont nous parlerons. ^ Joseph Garez II, pour mieux assurer la beauté de ses impressions, établit une fonderie de caractères, dont les produits furent de suite recherchés. La Bible qui sort de ses presses est un petit chef-d'œuvre. ^

Il fut envoyé par ses compatriotes à l'Assemblée législative, et de retour, après avoir fait partie de la commission des assignats, il partit pour la frontière comme commandant le bataillon de la garde nationale de Toul. L'adjudant général Gourion Saint-Gyr, depuis maréchal et pair de France, qui connaissait les hommes du bataillon, les sachant presque tous mariés, ne voulut pas les exposer au feu, malgré leur désir; ils campèrent à Wingen, en arrière du pays de Bitche et bientôt après, l'état satisfaisant des afiaires militaires per- mit de les renvoyer chez eux.

Lors de la création des préfectures. Garez fut nonuné sous-

» THiiRBT, Hist. de Tùul, 1841, 11^ 298.

' Les procédés employés par Carez farent décrits en détail par Camus, qni donne la description d'un livre d'église noté, en 2 vol., grand in-8<>, de plus de 1000 pages chacun. En 1792, Garez imprima, dans le même genre, un Dictionnaire de la Fable et une Bible. Camus joignit à son mémoire un spécimen d'une page de ce dernier Tolume (J. Lakourbux).

NooTelle Séne. ~ il** année. 6

Digitized by V3OOQ IC

66 REVUE D'ALSACE

préfet à Toul, malgré Topposition de beaucoup de ses conci- toyens; mais déjà ses recherches sur la composition des encres d'imprimerie avaient ruiné complètement sa santé, il mourut dans son hôtel de la rue Pierre-hardie ; c'était l'an- cienne demeure du chanoine M. de Tréveneuc, archidiacre de Rinel, mort à l'hospice. C'est de nos jours l'habitation de M. le comte de Brancion.

Joseph Garez III fut aussi un ardent chercheur pour tout ce qui concernait son art ; il construisit une machine à fondre les caractères ; mais son invention ne marcha plus après la Révolution de 1830. Il avait alors de quatre-vingt-dix & cent ouvriers, rue du Salvateur; sa fille, Madame veuve Bastion, lui succéda à sa mort, arrivée vers 1831.

A la gravure sur bois qui végétait sous les deux Carez, Joseph Carez III forma tout un atelier de graveurs au burin et sur bois. Il inventa la pantographie, et un de ses artistes, Thouvenin, grava, sous la Restauration, les portraits de Jules César et de Bossuet; la Cène, de Léonard de Vinci (in-folio), et les planches d'un ouvrage bizarre Dieu est Vamour lepluspur, Toul, 1826, par Eckartshausen. Tony Goutière, le graveur des Sommes tUiles, de VHistoire de dix ans, de la Bévolviion de Ihiers, fut son élève. ^

Tous les anciens lecteurs du Journal des Enfants se sou- viennent des gravures sur bois de Best, de Toul, mort en 1879, et dont le portrait fut reproduit dans les illustrations du jour. Il fut l'imprimeur du Magasin pittoresque; il débuta avec TiUy et Tarbesse dans les ateliers de Carez.

De nos jours. Madame veuve François, née Bataille, a reproduit dans VEcho toulois des articles très curieux sur la bibliographie touloise.

^ Il graTa dans ces ouvrages les portraits de Berryer, Jacques Cœur, Dupin aîné, Garnier-Pagès, Bernard Palissy, Robespierre, les deux La Rochefoucauld, Schlabersdorf, Thiers, etc.

Digitized by V3OOQ IC

LES EX-LIBRIS DANS LBS TROIS ÉVÉCHÉS 67

La bibliothèque municipale est dans Taile droite de Tancien évêché (mairie). Elle peut avoir près de 4000 volumes, mais elle n'a aucun ouvrage rare sur le pays. La ville y a fait déposer quelques liasses d'archives et quelques registres de la cathédrale. Il y a des antiquités trouvées dans les environs. La salle est bien éclairée et des gravures la décorent ; entre autres le portrait du maréchal Gouvion Saint-Cyr; une vue et un plan de Toul, par Aubry, au xyii* siècle; un grand plan manuscrit du xTm* siècle, etc. Le catalogue de la bibliothèque a été dressé par M. Dessez, conservateur, en 1866 (Broch. in-8% 173 pages).'

Le grand nombre de cloches que Ton entendait à Toul avait fait donner à cette ville le nom de Sonnante, de Médisante, disaient les mauvaises langues. Ajoutons que ses riches biblio- thèques et ses nombreux établissements dinstruction publique pouvaient la faire nommer la savante, VUrhs pia, prisca et fidelis des évêques Saint-Mansuy et Saint-Gérard.

Pour finir, n'oublions pas ce petit tableau d'un ménage toulois & la tin du xvm* siècle:

Les Toulois,

Ils ménageaient, ils étaient nn peu chiches,

Les indigens, les aisés, les pins riches,

Se contentaient d'un petit train bouigeois.

On inyitait l'étranger à la porte

A partager la fortune du pot,

Quand il sortait Mais s'il prenait au mot.

Tous eussiez ri de voir de quelle sorte

Dans la maison, chacun se trémoussait

De tout côté, la serrante trottait,

Du p&tissier courant chez la bouchère,

En tablier, la femme ménagère,

Les deux bras nus, ordonnait, fricassait;

Au demeurant, elle était la maîtresse,

Car dès l'instant du lien conjugal,

^ Imprimerie A. Bastion fils, rue du Salvateur.

Digitized by V3OOQ IC

68 REVUE d'alsacb

L'époux n'était qu'honnête commensal, Et sa moitié le menait à la laisse. Il l'en aimait avec plus de tendresse, Dans le logis tout n'allait pas pins mal .

LES ÉVÊQUES BIBLIOPHILES

Jean des Porcelets de Maillake (1609-1615). Elevé chez les Jésuites de Pont-à-Mousson, ce prélat fit, en 1611, les frais de la distribution des prix. Les volumes qu'il oflritsontrecon- naissables à leur riche reliure et aux armoiries dorées sur les plats avec les initiales p. h. e. c. t.

Callot a gravé le portrait de M. de Maillane, que l'on voyait également représenté sur le tableau de l'autel Saint-Pierre de la cathédrale. Il figurait Saint-Claude, présentant au prince des apôtres le chanoine Claude Guyot à genoux. Cette pein- ture historique et religieuse a été reléguée dans les combles de l'église.

Nicolas-Fbançois de Lorraine. Comme son prédécesseur, il donna également des livres pour une distribution de prix au collège de Pont-à-Mousson. On les reconnaît au blason entre deux anges surmonté de la mitre et de la couronne ducale.

Les volumes qui ont servi aux fêtes scolaires de Pont-à- Mousson sont assez rares. Us méritent d'être collectés avec soin ; M. Beaupré les signalait déjà il y a près de quarante ans, et M. Favier en a donné le catalogue avec dessins.

Charles-Chrétien de Gournai (1637). Ses livres étaient marqués d'un fer armorié reproduit par Guigard.

L'écu est écartelé des armoiries paternelles et maternelles, Gournai et Apremont aux fnerlettes. La plupart des volumes de M. de Gournai sont à la bibliothèque nationale. Ce prélat,

Digitized by V:iOOQIC

LES EX-LIBRI8 DA1«8 LES TROIS ÉVÉCHÉS 69

avant d'être suffi*agant puis évoque de Toul, était chanoine et grand-archidiacre de Verdun. *

AiTDBÉ BU Sâussat. Dom Calmet raconte, dans sa Biblio- ^Aè^ue lorraine, comment André du Saussay (1656-1697) acheta ses premiers livres. Il se rendait un matin ayec d'autres écoliers au collège des Jésuites de Paris, dont il était boursier, lorsqu'en passant dans une rue, Tidée leur vint de remuer les cendres d'une paillasse qui avait servi & un pauvre prêtre décédé. Quel fut leur étonnement d'y trouver l'épargne du défunt Le futur évêque de Toul eut pour sa part 100 écus avec lesquels il commença sa bibliothèque. Ses nombreux ouvrages sont bien oubliés; il passait pour avoir beaucoup d'érudition, mais, avec peu de jugement et encore moins de critique. Qu'est devenue sa bibliothèque? On n'en rencontre pas un volume. Le temps et les hommes auraient-ils mis à néant les livres de ce prélat si érudit? N'étaient-ils pas mar- qués d'un ex'lïbrisf Un de ses prédécesseurs, Christophe de la Vallée se contentait de mettre sa signature Christoph. à Voile EpuB & Cornes TuUen^ sur le frontispice de ses livres.

Blouet de Camillt. Le successeur du futur cardinal de Bissy fut un Normand, M. Blouet de Camilly, qui s'était fait connattre avantageusement comme vicaire général du diocèse de Strasbourg. Nommé à Toul, en 1704, il y transporta sa bibliothèque qui passait, d'après une lettre de Dom Cathelinot à Dom Calmet, pour être une des plus belles du pays à cin- quante lieues à la ronde avec celles des Bénédictins de Saint- Epvre et du curé Davelouze, près de Vaucouleurs. M. de Camilly fut le protecteur du P. Benoit Picart, qui fit graver

' L'érêqTie de Verdun, puis de Toul, Louis d'Haraucourt (t 1451), a laissé des Mémoires, malheureusement perdus. Le président Boumon de Saint-Mihiel, puis Mory d'Elvange, en copièrent des fragments; ceux-ci sont déposés aux archives de l'Académie de Stanislas (V. Noël, Cat. no 436).

Digitized by V3OOQ IC

70 REVUE D'ALSACE

son portrait par J.-S. Cars et le mit en tête de la dédicace de VHistoire du diocèse de Toul Le bibliophile anglais, Dibdin, vit un portrait de ce prélat à la bibliothèque de Caen, et ses armoiries sont bien reconnaissables sur une plaque de che- minée (taque) encastrée au-dessus de la porte d'un pensionnat, rue Saint-Yaast.

Lors du voyage de Dom Martëne et de son compagnon, notre évoque leur laissa compulser les archives épiscopales avec la plus extrême complaisance, les invita plusieurs fois à dîner, et leur reprocha amicalement de n'être pas descendus chez lui. Déjà, étant vicaire général en Alsace, il avait été jusqu'à Feldkirch au devant de Dom Kuinart et de son sociiis.

J. Guigard a reproduit le fer armorié de ce prélat. . Il avait en outre deux modestes ex-libris gravés sur bois pour in-4'' et in-8^ A gauche du blason, dans les glands du chapeau épiscopal, on distingue F. L. S. (François Laurent srnlp. f) ; au-dessous :

FRANCISCUS BLOUET DE GÂMILLY

EPISCOPUS ET C0ME8 TXTLLENSIS

B. R. I. P.

Il est étonnant que ce prélat ait pris le titre de prince du Saint-Empire romain; le parlement de Metz s'y opposait aloi'S comme souvenir attentatoire à la prérogative royale. Plus tard, le dernier évêque, M. de Champorcin, ût mettre le cha- peau de prince d'Empire sur ses armoiries.

Sa riche bibliothèque se composait particulièrement de livres sur l'Ecriture sainte, la théologie, le droit civil et canon, les conciles, etc. Voici le titre du catalogue de ses livres qui furent vendus à sa mort Bibliotheca CamïUiana seu Ubrorum Catalogus Bibliothecœ D. D. Blotiet de CamiUy Archiepiscopi Turonensis. Paris. Osmond 1726, in-8'. Il devait être aussi un collectionneur, car il avait, d'après Dom Calmet, un jeton de

Digitized by V:iOOQIC

LES SX-UBRI8 DANS LES TROIS tvtCBts 71

Tévêque d'Hocedy, il en fit cadeau à un de ses amis de Paris.*

S.-J. BiGOir (1721-1754). Le graveur nancéien Nicole a gravé un très bel ex-libris pour cet évéque. Un ange armé d'un glaive et des foudres de Téglise se prépare à mettre en cendres des bouquins jansénistes amoncelés sur une console. De la main gauche, il tient un bouclier aux armes du prélat Le si^jet est entouré d'un cartouche dont le couronnement est chargé d'une mitre, d'une croix et d'une crosse. Un écusson au chifre s. j. b. se trouve devant la console, sous laquelle on lit Nicole sctilpsit 1750. Cette belle petite pièce pourrait bien être de Nicole fils ; elle se trouve reproduite sur le frontispice des missels publiés par ordre de Monseigneur Bégon.

On rencontre encore souvent un autre de ses ex-lïbris. C'est son blason gravé sur bois pour in-8^

Dans son long épiscopat, il fut continuellement en lutte avec les partisans de Jansenius ; il ne les ménagea pas, et ayant été nommé plusieurs fois commissaire royal près des chapitres généraux des Bénédictins, il sut toujours éliminer les discussions scabreuses. Aussi le zèle qu'il déploya, fit-il nommer ces réunions le Brigandage de Tout par les fanatiques, n n'en fut pas moins un des prélats les plus aimés et les plus regrettés de tous.

D fut enterré dans la magnifique chapelle des évêques, dite de Sainte-Ursule ou des onze mille vierges; charmant édicule de la Renaissance qui tombe décemment en ruine & la grande satisfaction, dit-on, des ultra amateurs du néogothique. Vis-à- vis la chapelle de Savnte-TJrmde est une autre chapelle Renais-

> Les médailles aUèrent enrichir la collection de Michelet d'Ennery de Metz, et les capucins de Thionville avaient, en 1790, un manuscrit à ses armes traitant des négociations de la paix de Munster. M. Dnfréne, à Metz, qu'il faut toigours citer quand on parle de Toul, a dans sa riche bibliothèque quelques livres avec VeX'l(br%9 de M, de Gamilly ,

Digitized by V3OOQ IC

73 REVUE D'ALSACE

sance dans un déplorable état de délabrement, au grand con- tentement des mêmes amateurs. C'est la chapelle dédiée à tous les saints, qui appartenait au chapitre et qui fut en partie reconstruite par le chanoine Jean de Barba, dont on voyait le portrait sur le vitrail du fond et dont le blason brille partout à l'entrée. En 1793, on vendit, sur le territoire de Toul, 63 ares de vignes appartenant aux fondations pieuses de cette chapelle sous laquelle se trouve la chapelle de Notre-Dame- de-la-Orotte; 32 ares de vignes au même canton, propriété de celle-ci, furent également vendus à cette époque.

Les évêques étaient collateurs de la chapelle Sainte-Ursule et y recevaient la sépulture. Leurs héritiers n'avaient pas besoin de mendier, près d'un chapitre orgueilleux, la con- cession d'une tombe dans la cathédrale. En 1741, M. Bégon transféra en la grande chapelle de son palais, l'ancienne chapelle Sainte-Catherine qui y était jadis et qui avait été installée provisoirement dans la chapelle dite des Evêques attenant à la cathédrale à l'autel Sainte-Ursule. ^

Balechou a gravé le portrait de M. Bégon in-4*; on possède aussi une lithographie par feu M. l'abbé Morel.

Clatjdb Drouas (I754rl774). Le cynique Jamet n'est pas tendre pour le charitable Drouas : « Un loup gris, dit-il, qui a ravagé tout le diocèse d'où il s'est fait honnir, parent de la fameuse Alacoque. » Il n'est pas étonnant que l'évêque ait publié les Instructions pratiques pour honorer le S. Cœur de Jésus à Vusage de son diocèse. Nancy, 1765, in-8", avec man- dement et lettre approbative du gros roi Stanislas, datée de Lunéville, 14 novembre 1763. —Vers cette époque, une jeune fille de dix ans était élevée à Pétat nature, à la Cour du bon monarque.

^ Pour montrer sur quel pied vivaient les chanoines des églises-cathé- drales et les évoques, on peut citer ce fait : c'est qne si un évêqne voulait officier dans une grande fête, il devait commencer la veille par les premières vêpres, sinon, on lui refusait la permission.

Digitized by V:iOOQIC

LES EX-LIBRI8 DANS LES TROIS ÉVÊCHÉS 78

L'évèque Drouas fut le fondateur du collège Saint-Claude, dont il sera parlé plus loin; ses charités furent immenses, et cependant aucun de ses prédécesseurs n'eut à supporter autant de critiques acerbes ; il en mourut de chagrin. On lui rendit cependant plus tard justice.

Excessivement économe pour lui, il distribuait tous ses revenus aux pauvres. Les livres de sa bibliothèque ne sont marqués que des armoiries sur bois qui figurent sur ses man- dements épiscopaux. Au-dessous, à la main, il y a la lettre de la série et le numéro d'ordre. ^

Il y a trois de ces marques.

CoUin, de Nancy, a gravé son portrait qui a été reproduit par Tabbé Morel; il n'est pas ressemblant, il ne donne pas la figure grasse et souriante du prélat Pour bien connaître les traits de celui-ci, il faut aller dans un des salons du rez- de-chaussée de la mairie. Son portrait en pied fait pendant à celui du très sévère, mais très juste Bégon. Les dessus de porte et la plaque de cheminée sont aux armes de Mgr Drouas. Celui-ci fit les frais pour l'ouvrage deBuchoz d'une charmante gravure de Collin {V Amygdale).

Sa bibliothèque fut vendue longtemps après sa mort, le pro- duit devait être aflecté à une œuvre de charité. Le catalogue parut à Autun, en 1780. C'est une brochure de 187 pp. in-12.

^ M. Gaston de Lambertye possède les sceaux en cairre des évéques de FienXf de GamiUy, Bégon et Drouas, et quelques autres relatifiB à l'histoire de Toul.

Digitized by V3OOQ IC

74 REV0E D'ALSACE

Le lendemain de sa mort, les chanoines firent couvrir le tableau du cœur enflammé de Jésus par les plis étoffés de la robe. On voit encore de nos jours le tableau de Girardet sur l'autel du §açr0-cœw,

Ces belles armoiries se trouvent sur les plats d'un in-folio, relié en veau, intitulé : CatcUogtie de la bibliothèque de Mgr Vévèque, comte de Toul (244 pages), mdcclx (bibliothèque de Nancy, manuscrit n** 170, belle écriture, encadrement rouge).

Dbb Michels de Chajiporcin (1775-1790). Les livres à l'usage personnel de cet évêque sont presque tous en maroquin rouge et armoriés sur les plats à ses armes.

Digitized by V:iOOQIC

LES EX-LIBRIS DANS LES TROIS ÉVÉGHÉS 75

Après un épiscopat des plus troublés, à cause de la cession d'une partie de son diocèse et de Tanoblissement de son cha- pitre, M. de Champorcin gagna, en 1791, la terre étrangère. Béfugié d'abord dans le pays de Nassau, terre d'empire, il faillit être accroché à la lanterne ; pour éviter cette barbare hospitalité, il quitta à la hâte Bouquenom (Saar-Union). Il s'associa, à Trêves, à toutes les protestations de ses révéren- dissimes confrères de la province. Au Concordat, il rentra sans bruit après s'être, en iils respectueux de l'Eglise, démis de son siège épiscopal. Il mourut dans sa famille, en 1807. On voit son portrait au palais épiscopal de Nancy.

Au moment l'évêque rentrait dans ses foyers, deux cha- noines, MM. d'Hamonville et de Saint-Beaussant, revenu d'émigration, prêtaient, à Nancy, le serment de se conformer aux lois. Le premier mourut, après le Concordat, curé de la paroisse Saint-Etienne de Toul, jadis la cathédrale; le second fut chanoine titulaire de la cathédrale de Nancy.

MESSIEURS LES CHANOINES

Les archives et la bibliothèque du chapitre se trouvaient derrière les chapelles de la Trinité et dos Anges dans une salle prenant jour sur le cloître. Leur existence fut toiyours

Digitized by V3OOQ IC

76 REVUE d'alsaoe

assez précaire et les dilapidations devaient être très fréquentes à la bibliothèque, car vingt-deux chanoines, en 1401, en avaient la clef. La position isolée de la salle la fit servir de lieu de pénitence pour les membres du chapitre; Tun d'eux, le 7 novembre 1547, fut condamné à y passer deux heures chaque jour pendant six mois pour avoir fréquenté, malgré les avis reitérés, « une maison de mauvaise réputation ».

Plusieurs chanoines avaient fait des dons à la bibliothèque; en 1402, M. de Longueville donne le Boman de la Rose et 150 florins; Jean-Robert de Bernécourt, vingt-deux volumes de droit civil et autres, en 1500; Michel Babel, en 1534, lègue tous ses livres, etc.

Il y avait au trésor un évangéliaire mutilé très ancien, écrit en caractères d'or sur parchemin pourpré; il échappa à la vente que le chapitre fut, en 1645, obligé de faire, conune à Verdun, pour payer les dettes contractées pendant les grandes guerres du xvii* siècle.

En 1790, le bureau diocésain avait encore quelques livres liturgiques et diplomatiques et un évangéliaire du vr siècle.

Au mois de novembre 1792, deux bataillons des fédérés parisiens, plus connus sous le nom de Marseillais, * allant à l'armée, se ruèrent sur la cathédrale, ils commencèrent par renverser les statues du portail, puis pénétrant dans la nef, ils mutilèrent ou détruisirent les statues de Jeanne d'Arc, du

^ Un officier de ces fédérés composa la halte de la Marche des MarseUlois (3 couplets) :

Aujourd'hui de leur impnissance

Nos ennemis sont convaincus.

Ils vooloient asservir la France :

Ils paroissent; ils sont vaincus, (bis)

A peine peut-on les atteindre,

Tant ils fnyent rapidement.

A Bâchas donnons un moment;

Nous saurons toujours bien les joindre,

Digitized by V3OOQ IC

LES BX-LIBRIS DANS LES TROIS ÉVÉCHÉS 77

colonel Hébron, tué au siège de Saverne en 1636, de rarchi- diacre de Rozières, dont Touvrage lit tant de bruit à la fin du XTV siècle, les monuments en marbre des évoques, etc. ; ils terminèrent ces actes de vandalisme en faisant entasser sur des charrettes, les bannières, les tableaux, les missels, les parchemins des archives, et ils en firent un feu de joie splen- dide sur la place de la Fédération {Dauphifté). Ce ne fat qu'au bout de deux jours que ces bataillons, dits des amis de la Répu- blique et des quatre-vingt-trois départements, quittèrent la ville.

Deux toiles échappèrent aux Parisiens et furent envoyées au Muséum de Nancy : un Cnunfiement, par Lebrun, et un Christ détaché de la colonne.

Parmi les chanoines érudits, on peut citer en première ligne, M. de TAigle, grand-vicaire qui n'était pas moins remar- quable par sa modestie et sa piété que par son érudition, dit Dom Calmet II mourut, en 1733, à 80 ans. Ses livres sont reconnaissables à sa signature, C. de l'Aigle, sur le frontispice. Il donna d'utiles renseignements à Tabbé de Senones sur les anciennes enceintes de Toul.

Le chanoine Machon, archidiacre de Port fat chargé de

Anx verres, citoyens, faites halte, gaerriers,

Buvez (bis) et qu'à grands flots s'arrosent vos lauriers.

CHORUS

Buvons (Jbis) et qu'à grands flots s'arrosent nos lauriers, etc., etc.

Par Fabrb, sous-lieutenant au bataillon des amis de la République.

(8. h n. d, 3 pp. %n-î6).

Le dernier couplet se termine ainsi :

Pour nous soustraire à l'esclavage, Aux armes, citoyens, bataillons à vos rangs, Marchez (&i>), paix anx hameaux et la guerre aux tirans. Marchons (M), etc.

Digitized by V3OOQ IC

78 HBTUE D'àLSÀCE

rédiger le pouillé du diocèse de Verdun. Il avait le manuscrit de son confrère Pelegrin, dit Viator, sur Ptolémée; il iit cadeau de l'ouvrage de Tancien secrétaire des commandements de Louis XI au président Séguier, qui avait le talent de se monter une bibliothèque des plus précieuses sans bourse délier. L'évêque de Metz, M. de Goislin, hérita plus tard de ses livres. Machon obtint, en 1645, la grande prévôté de Saint- Dié, mais il ne put obtenir les bulles. Le P. Benoît est rude envers lui, il laisse entendre qu'il n'était pas toujours délicat pour se procurer des pièces historiques.

EX-LIBRIS

1. L'ahbé Beurard, chanoine de V église de Toul.

a) Couronne comtale surmontant un écusson d'azur à une épée en barre accompagnée en chef d'une fleur de lis d'argent et en pointe d'une branche de laurier de même ;

6) Ex'libris Beurard, dans un cartouche ornementé gravé sur bois.

Jean-Baptiste Beurard, fils d'un procureur au parlement de Nancy, fut reçu chanoine le 27 juillet 1761 ; il demeurait à Toul, rue du Parge (maison CoUin, notaire). Il fit partie, d'après le sévère curé Chatrian, ancien secrétaire de Mon- seigneur Drouas, de ces jeunes chanoines, nommés par la sanction royale, qui vinrent à Toul scandaliser les anciens et afficher leurs mœurs mondaines en se promenant publique- ment avec des dames. M. Beurard alla même au bal pendant le carnaval. *

Cet Athénien des bords de la Meurthe, savait cependant s'occuper de choses utiles; il était un des bons minéralogistes de la contrée. Sous l'Empire il fut employé comme ingénieur

* Cité par M. l'abbé Mathieu, p. 330.

Digitized by V3OOQ IC

LES EX-LIBRIS DANS LES TROIS ÉVÉCHÉS 79

des mines en Hongrie. Il publia sur cette partie si riche de la géologie des ouvrages estimés dans le temps. Sa biographie se trouve dans les dictionnaires historiques. Il y a encore peu d'années que Ton montrait dans son ancienne maison canoniale les armoires et les tiroirs de ses collections miné- ralogiques. Le chanoine Beurard mourut en 1825.

Si Tons leTez ce ridean de satin. Vous troarerez dans ma bibliothè<iiie : In-oetavo, nos bons contemporains, Dorés snr tranches, en fort beaux maroqnins; On n'y voit point ni Platon, ni Sénèqne; Tont ce fatras de maussades bouquins, Vaut-il la peine de belles couvertures? D ne me faut que d'aimables lectures, Yous y verrez La Fontaine, Bernard, Yergier, Grécourt et la Pucelle à part, Tous enrichis des plus jolies gravures; Outre cela, j'ai de jolis romans. Comme Angola, Thérèse raisonneuse. Et le Sopha, Margot la ravaudeuse ; Et les Bijoux indiscrets et charmants Qui dévoilent les plus secrets mystères Depuis dix ans, je sais cela par cœur; Mais il les faut pour les prêter aux belles.

D'après le remarquable travail de M. le commandant Daul- noy, les maisons des chanoines leur appartenaient A leur décès, on les vendait publiquement à ceux de leurs confrères qui n'en avaient pas, et qui étaient au nombre de sept. D était défendu de souslouer à des hérétiques ou à des femmes. Les bals étaient défendus, sauf pour les noces d'un frère, d'une sœur, d'un neveu ou d'une nièce. Des délégués du chapitre devaient visiter une fois par an les maisons canoniales pour s'assurer qu'elles étaient bien entretenues, qu'on ne les grevait pas de servitudes, et que les prescriptions réglementaires étaient observées, etc.

Digitized by V3OOQ IC

80 REVUB D'ALSACE

L'auberge de la Cloche cPor, qui existe encore, appartenait au chapitre, comme le TMpot, ou jeu de paume, situé dans rintérieur de la ville, était la propriété de l'abbaye de Saint- Epvre, et Tauberge du Cerf aux Dominicains. La nation se chargea du placement de ces utiles établissements.

2. De la bibliothèque de M. Ch. Amb. CaffareM, N\

Le chanoine Charles- Ambroise Caffarelli du Falga, naquit au château de ce nom, le 15 avril 1758. Il fut nommé le 28 sep- tembre 1775, et en 1780, VOrdo ne le mentionne encore que comme sous-diacre. A la Révolution, il se retira dans ses pénates dans le Lauraguais (Haute-Garonne), abandonnant à la nation 30 ares de vignes qu'il possédait sur la côte Saint- Michel, comme tous ses confrères, et dont la vente eut lieu le 14 juin 1793. La confiance de ses concitoyens le fit nommer membre du district de Revel. Sous la Terreur, il fut mis en prison à cause ile sa modération. La chute de Robespierre le sauva. Sous le Consulat, il fut nommé préfet de l'Ardèche, puis du Calvados, et enfin de l'Aube oii les événements de 1814 vinrent le surprendre très désagréablement, car Napoléon ayant jugé qu'il avait quitté trop vite le département à l'ap- proche des alliés et qu'il n'était pas rentré au retour des aigles impériales, le destitua. A la Restauration l'ex-chanoine-préfet retourna encore une fois dans le château de ses pères pour ne plus le quitter. Malgré son désir de ne plus entrer dans la vie publique, il dut encore accepter les fonctions de conseiller général et, sur son désir, l'archevêque de Toulouse lui rendit ses pouvoirs. Jouissant enfin d'une parfaite tranquillité, estimé de tous, il vit approcher la mort avec calme ; il décéda le 6 novembre 1826, laissant plusieurs ouvrages sur Téconomie politique et l'agriculture.

Il eut deux ex-libris gravés au burin : a) d D'azur à la croix de la légion d'honneur en franc quar- tier, d'argent au lion de sable et taillé et contretaillé d'argent et de gueules d; toque de baron sur le tout;

Digitized by V:iOOQIC

LES EX-LIBA18 DANS LSS TROIS ÉVÉCHÉS 81

b) a Ecartelé, l"" taillé d'argent et de gueules, 2*d'ai^ent au lion de sable, 3* marque de baron-préfet, 4* contretaillé d'ar- gent et de gueules » ; toque de baron, lambrequins et au-dessous la croix de la légion d'honneur.

3. Anonyme (le grandrdoyen Fagel de VanlouxJ sous le trait P. L, Cor.

Ux-libris formant un charmant siyet de pendule, style Em- pire.

Les armoiries de la Pucelle d'Orléans 1 et 4 sont écar- telées 2 et 3 du blason du grand-doyen a d'azur à la cigogne d'argent, au chef de même chargé de trois étoiles d'azur » ; le tout dans un cartouche rococo surmonté d'une couronne ducale et accosté du beau Dunois armé en guerre, brandissant une épée, et de la Pucelle également armée de toutes pièces et tenant haut son fanion armorié. Au fond une maison seigneuriale dans un parc. Au-dessus une main armée pour cimier et dans l'air la banderole avec la devise si connue de Jeanne d'Arc :

GOKSILIO FIRHATA DEI

Les Pagel étaient originaires de Toul, l'un d'eux fut dans la police locale.

Nicolas Pagel venlt tonjours boire,

écrit, en 1567, un Enquéreur. Malgré cela on prétendait que le grand-doyen descendait d'un huissier, et le ridicule orgueil qu'il montrait à chaque instant faisait redoubler les sarcasmes sur sa personne; c'est un des plus atteints par les poèmes satyriques du temps. Ayant cru descendre de la famille de la Pucelle, il fit peindre * le blason de cette héroïne avec le sien dans toute sa maison et sur ses voitures, au grand contente- ment des badauds. Il avait reçu la tonsure des mains de l'évêque de Metz, en 1742, et avait été nommé grand-doyen,

^ Par Beaulieu, peintre d'enseignes.

NoDvelle Série. 11*« année. 6

Digitized by V3OOQ IC

nfcVUfi D^ALSÀCft

en 1768. Il occupait au chœur la preniière stalle du côté gauche en face de celle de Tévêque; les chanoines étaient rangés par ancienneté après eux. M. de Vantoux fut vicaire général, membre du bureau des pauvres, directeur des Sœurs des écoles de la charité (aujourd'hui la Doctrine chrétienne). Il vivait encore en 1789.

Le graveur messin, Cor, qui fit son prodigieux ex-lihris, n'a gravé que celui-là. On voit dans l'Atlas de Buchoz une ving- taine de planches de lui, dont plusieurs avec blason (Custine, ville, avocats et Académie de Metz, électeur palatin, etc.).

BIBLIOTHÈQUE DU SÉMINAIRE DIOCÉSAIN

Congrégation de la MiBaion (LaEaristes)

On lit, écrites à la main, ces annotations sur les titres des volumes de cette belle bibliothèque:

Ex'librië Domus tuttensis C^ Missionis.

ExAïbrië Cong. Missionis domus TuUenm, 1651.

Missionis TuUensis.

Ex-libris Cong. Missionis Dormes TuUens, etc. Venus dans le cours du xvii* siècle pour tenir le Séminaire, les Lazaristes firent beaucoup de bien; mais dans le cours du xvnr siècle, Us donnèrent dans le jansénisme, puis dans les idées philosophiques du temps, et ils en inspirèrent le goût à leurs élèves ; ce fut un grand malheur pour le diocèse ; mal- heureusement Mgr Drouas ne vit rien, et lorsqu'il voulut remédier au mal, il était trop tard. A la Révolution, les élèves avaient abandonné depuis longtemps l'établissement.

La bibliothèque était une des plus riches du royaume ; elle comptait 7001 volumes provenant surtout de dons. La grande salle contenait dans sept trumeaux et 16 rayons, 1504 in-folio, 1065 in-é*" et 4432 in-S"*. Dans une chambre à côté, il y avait 300 volumes à l'usage des séminaristes. L'inventaire du

Digitized by V:iOOQIC

LfiS U-LIBIUS DANS LtS TROIS MCËÈd 83

2 janvier 1793 porte aussi un médaillier avec 67 pièces papales, un cabinet de physique et une machine électrique, une collec- tion d'histoire naturelle avec quelques objets intéressants; selon Buchoz, des monceaux de vitrification, de congélation, des minéraux, des pétrifications, des coquillages, une grosse vertèbre d'hippopotame, trouvée à Sorcy, une dent molaire d'éléphant de Dieulouard, une corne de bœuf de Tlsle en Barrois, une porcelaine en fossile de Champagne, une corne d'ammon nacrée, une vertèbre humaine, etc. Le supérieur de la maison, M. de BrocveiUe, était, selon le médecin nancéien, très versé dans Thistoire naturelle. Cela ne faisait pas pros- pérer la maison.^

Adrien Lamourette, métropolitain constitutionnel de Lyon, exécuté le 10 janvier 1794, et dont le nom est connu dans les fastes révolutionnaires, fut professeur et supérieur au Sémi- naire de Toul, puis directeur à Saint-Lazare ; il déclara, au moment d'aller au supplice, que tous les discours que Mirabeau avait prononcés sur le clergé et les matières ecclésiastiques étaient de lui. Un autre Lazariste du diocèse de Toul, Nicolas Philbert, curé de Saint-Charles de Sedan, fut sacré à Paris, en 1791, évèque constitutionnel des Ârdennes; il mourut en 1797. Châtelain, chanoine de Saint-Gengoult, un moment évëque de la Meurthe, avait été Lazariste.

Un ancien élève des Lazaristes de Toul, qui entra dans leur congrégation, eut une bien triste fin. Charles Brillon, petit-fils

^ Le 31 juillet 1763, le jeune abbé de Tressan soutenant derant M. de Brocreille une thèse, dit que la religion catholique était la domi- nante. — Gela était vrai autrefois, dit brusquement le directeur, qui entendait parler de la philosophie qui menaçait de tout envahir. Les dénonciations arrivèrent, le Parlement fut saisi. On eut l'heureuse idée d'étouffer l'affaire, et M. de BrocveiUe dut envoyer une «lettre à l'évêque de Toul sur les bruits qui sont répandus contre le Sémi- naire, 1772» (Gat. Emmery, 638). Bien des gens n'en pensèrent pas moins que l'on enseignait l'athéisme au Séminaire de Toul.

Digitized by V3OOQ IC

84 AEVOfi b'alsacë

du peintre Chéron, de Lunéville, fut curé de Foug. A la Révo- lution, il se retira à Lunéville et s'y maria. Par une froide matinée d'hiver on le trouva mourant dans la neige, près du chemin d'Eînville. Transporté chez lui, il ne tarda pas à succomber, laissant, dit son oncle l'avocat Chéron, une assez belle bibliothèque, qui ne fut estimée que 700 livres « malgré qu'elle ait lui en coûter bien plus cher, l'ayant achetée entièrement chez les libraires. »

Le Club des amis de la Révolution fut installée dans l'église du Séminaire ; plus tard, celle-ci fut démolie et les bâtiments transformés en maisons particulières rue du Saint-Esprit (Oengoult). L'église de Crézilles possède quatre tableaux provenant des Lazaristes; ils Teprésenieiït SaintrVincent-de^ Paul au milieu de ses disciples prêchant au peuple àla Cour assistant Lmiis XIII au lit de mort.

Le Séminaire et le Collège Saint-Claude attiraient une foule de jeunes gens du diocèse, dont beaucoup s'engageaient dans les ordres. Les écoliers trouvaient à l'imprimerie locale tous leurs classiques. On ne laissait pas alors à Paris le soin d'inonder le pays d'éditions plus ou moins estimées, qu'elles fussent grecques ou latines. Avant 1789, chaque imprimeur de petite ville avait les connaissances nécessaires pour publier un Virgile ou un Ovide sur beau papier et il en trouvait faci- lement le débit. Il n'en est plus ainsi de nos jours, et sur ce point, on a laissé bien en arrière les immortels principes.

Boulay de la Meurthe, un zélé impérialiste, le conventionnel Poulain-Grandprey, le baron Louis, si caricaturisé par la presse hostile au gouvernement de Juillet, le président Henrion de Pansey, aussi savant jurisconsulte que gourmand émérite, le tribun Delpierre, François de Neufchâteau, véri- table girouette politique, que ses vers firent nommer par les fructidorisés la Cigogne des Vosges^ l'évêque de Saint-Claude, de Chamont et tant d'autres furent élèves du collège Saint- Claude, dont deux professeurs laissèrent à Metz les plus

Digitized by V:iOOQIC

un Bx-Lomis dans uh tro» évéchés 86

durables souvenirs ; M. Mongin, de Toul, professeur de rhéto- rique au collège royal, auquel ses élèves élevèrent un monument au cimetière de TËst; le médaillon, représentant son portrait, est d'un artiste tyrolien, Mahlknecht, domicilié à Metz; le second professeur est Tabbé Sainsère, de Vaucouleurs, proviseur du même collège, bien connu par sa Orammaire latine de Lhomond et son Appendix de Dus.

Le 20 décembre 1791, le collège Saint-Claude fut fermé, et bien des années après on installa à Toul une école secondaire (collège). Le mathématicien Bicquilley y fut professeur.

Abthxjb Benoit.

(A suivre.)

Digitized by V3OOQ IC

LinÉRATUBE POPULAIRE DE L'ALSAGE-LORRAINE

BAVARDAGES

DE

nSDilES-IES-COnSDIE!! DE STIIMBOnB&

enb'emêlés de quelques autres COMMÉRAGES ALSACIENS'

Strasbourg a toujours possédé une certaine classe de bavardes, à Taffût de toutes les nouvelles et qui, par suite d'une parenté du neuvième degré, vraie ou supposée, ne s'in- terpellaient qu'au titre de Frau Bas, « Madame ma cousine ».

Ce titre est devenu à Strasbourg et dans l'Alsace, l'équiva- lent de commère, et nous aurions pu traduire Frauhasegspriich par «Dialogues des commères de Strasbourg».

Nous préférons la traduction littérale qui nous a permis de rendre la nuance Jungferhasen par «demoiselles-cousines», et de conserver à notre traduction un degré de plus de couleur locale.

Les dialogues de commères, publiés tantôt en feuilles volantes, tantôt dans les gazettes locales, furent toujours

' La plupart des aateors de ces compositions, saisies snr le vif, sont inconnus. D'antres ont été écrites par Arnold, M°^* Engelhard-Schweig- liœnser, Ehrenfried Stœber, C.-F. Hartmann, Ch. Bernhard et Charles Berdellé.

Digitized by V:iOOQIC

UTTÉRATURI POPULAHIE DE L'aLSAGE-LORRAINE 87

accueillis avec joie par les habitants de Strasbourg. L^impri- meur Frédéric-Charles Heitz, qui avait réuni une si belle bibliothèque alsacienne, avait formé un fascicule d'une dizaine de ces conversations. Cette petite collection se trouve actuel- lement à la bibliothèque de TUniversité de Strasbourg. M. Bergmann, professeur à ladite Faculté, Ta publiée avec des notes linguistiques, littéraires et ethnographiques très intéressantes.

En 1877, parut le EUUssisch Schatzkdstél (PEcrin alsacien) qui réédita ces dialogues en les augmentant de celui de 1848.

M. Auguste Stœber a fait de l'ouvrage de M. Bergmann une critique littéraire à laquelle les éditeurs du SchaizMstd empruntèrent les notes qu'ils joignirent à ces poèmes.

Aux compositions et notes que nous fournissent les trois publications précédentes nous en joignons quelques autres qui nous appartiennent

Des dix pièces recueillies par M. Heitz, il y en a trois qui datent des années qui ont précédé la Révolution.

Cinq autres se rapportent aux années 1814 et 1815; nous y ajoutons une chanson en dialecte du Eochersberg, que nous ne connaissons que par tradition orale, et qui, d'après le sujet traité, doit être née en ces mêmes années.

Les deux dernières pièces de la collection de Heitz datent des premières années de la Restauration et nous mettent au courant de ce qui occupait à cette époque les esprits des bourgeoises de la ville de Strasbourg.

Quelques cheÉs-d'œuvre de Ehrenfried Stœber, Charles- Frédéric Hartmann et Charles Bemhard, ainsi que le dialogue de 1848, nous ont en outre paru dignes de l'attention des ynis de notre littérature populaire.

Nous faisons un appel à ces derniers et les prions de nous communiquer les poésies de ce genre que nous avons omises ou que nous ne connaissons pas.

Eniin nous terminerons par la traduction de quelques-unes

Digitized by V3OOQ IC

88 HBVUE d'alsàce

de nos propres poésies alsaciennes, se rapprochant, par leur sujet, du genre des FratUnuegeprach.

Si cette communication à la Bévue cC Alsace trouve auprès du public français un accueil tant soit peu bienveillant et favorable, le traducteur se propose de Tinitier à une connais- sance plus intime des richesses de la littérature populaire d'Alsace-Lorraine.

Rioz (Haute-Saône), le 14 juillet 1881.

Ch. Berdellé.

CONVERSATION

tefiiM dam Vintitnité près de la Maison-Rouge, entre deux ^Dames-Ccusines'ù de notre vUle de Strasbourg, comme qui dirait entre Dame Julienne et Dame Ursule qui jouissent, parmi les personnes de leur sexe, â!une haute considération, à cause de.leurs manières aussi Jranches que convenables.^

JULIENNE

Pst!. . . Attendez un peu. Vous n'emmenez personne?

URSULE

Ah! c'est vous, ma cousine? Il faut qu'on me pardonne. Je ne vous entendais et voyais encore moins. Car il fait si boueux pour marcher. Tous mes soins Vont à mettre le pied sur un pavé non sale.

^ X'auteur de cette première conversation est incennu. Elle coale de la bonche de ces « Madame-ma-cousine > classiques comme nn léger misseau qui ne s'arrête jamais. Mélangée de vraies locations strasbour- geoises, on y parle des ouvriers, des soins du ménage, des maris, et surtout des domestiques dont une surtout, du nom de Lise, y est parti- culièrement maltraitée.

Maison-Rouge, nom d'un hdtel situé place Eléber.

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉRATURG POPULAIRE DE L^ALSiCE-LORRAmB 89

JTTLIENIÏE

Oui! c'est tout comme moi, et, chose bien fatale, J'ai de gros souliers que j'aurais rondement laisser au voleur.

URSULB

Pourquoi?

JULIEKinS

Voyez comment On marche là-dedans. Comme dans une caisse De blanchisseuse,^ eut-on le pied le plus étroit! Et bestialement pareil marché me blesse.

UBSULE

Ne vous irritez pas, mais rendez-vous tout droit Dans la rue aux Carreaux, chez Bser. Il vous fabrique Des souliers, c'est vraiment, cousine, magnifique Comme ça tient aux pieds. On les dirait fondus Avec eux.

JULXElfNE

Par le sang! vi'aiment, on ne tient plus A s'acheter du neuf^ car il faut que l'on tftte De tous les magasins. On croit tenir du bon : Le confectionnant, l'ouvrier vous le gâte.

TTB8T7LE

Du cousin Abraham,^ votre nièce, dit-on. Vient d'hériter un tas d'argent.

JULIENNE

On peut le prendre

* Caisse de blanchisseuse. Caisse rectangulaire à laquelle on a enleyé l'une des parois verticales et dans laquelle s'agenouillent les blanebis- seoses pour ne pas se mouiller les genoux en lavant leur linge.

* Chez les protestants de Strasbourg, et surtout dans certains quar- tiers de la ville, on trouve souvent des noms tirés de l'ancien Testament, comme Abraham, Daniel, etc.

Digitized by V3OOQ IC

90 REVOB D'ALSACE

Avec celui qu'on a. Je viens encor d'apprendre Que ce grand sot d'Erhard, vous savez, ce dadais Qui baignait ses cochons, aurait aussi son legs, A peu près trente écus, comme part légitime.

URSULE

Le fripon! Gomme il a sentir dans Tintime Fond du cœur le besoin de rire. Sûrement Ça va donner un couple avec la jeune Lise.

JULIEinSTE

Oh, non! cousine, non! elle est déjà promise.

URSULE

Quoi! promise déjà? Sait-elle seulement

Faire une soupe à Teau? Comment? choses conclues?

JULIENNE

Les accordâmes ont été déjà tenues.

URSULE

Qui donc ose la prendre ?

JULIENNE

Oh! c'est un compagnon Qui s'en vient au Murhof. ^

URSX7LE

Oh bien! le joli don Qu'on lui fait! mais je crois qu'elle vient Oui! c'est elle.

JULIENNE

donc?

URSULE

Eh bien! bas! vers le aTrou des Navets.»'

JULIENNE

Je ne l'aperçois pas.

1

Ferme et maison de campagne, snr FIU, en amont de Strasbourg. * Bûewdoch, Sobriquet servant à désigner un cabaret près de la place Kléber.

Digitized by V3OOQ IC

LrirÉRATURE POPULAIHB DE L*ALSACE-LORRAINB 91

TJBSULB

Regardez bien! Tout près Des tambours.

JULIENIŒ

Par le sang ! oui ! c'est bien notre belle. Il faudra donc changer de conversation. N'est-ce pas une grande abomination, Ma cousine? Elle porte une fort belle chatne En or. Je vous demande : est-il, grand Dieu, permis A femme d'ouvrier?

UBSTTLE

Ma foi non ! Ça me peine Aussi, car on ne peut, comme le monde est mis, Plus distinguer des gens comme nous des servantes. On dirait qu'elles sont toutes impatientes De courir à leur perte.

JULIEKIŒ

Oh Dieu! d'où viens-tu donc. Lise?

LISE

Du «Marché-Neuf». J'y viens, pour toute affaire, D'acheter des navets, pour deux sous d'amidon.

JULIENNE

Alors vous savonnez ?

LISE

Mais oui! dans la soupière! Car nous n'invitons pas encor. Pour le besoin On se débrouille un peu.

UBSULE (Faisant mine de partir)

Moi je vais au plus loin.

JULIENNE

Attendez donc un peu, cousine, je veux faire

Digitized by V3OOQ IC

93 REVUE d'alsacb

Le chemin avec vous. Lise, tiens-toi longtemps Chez tes mattres qui sont, ma foi, de braves gens.

LISE

Oh ! j'ai fait le plus long de mes temps de services.

JULIENNE

Quoi! n'es-tu pas contente? Ah! ciel! je te comprends. Quand donc entreras-tu dans ces temps de délices ?

LISE

Dans quinze jours. Cousine, aurai-je le bonheur De vous voir assister à mon grand jour d'honneur?

Je ne le promets pas, mais ça pourrait bien être, A. moins d'empêchements. Je voudrais bien connattre Notre nouveau cousin. Fais-lui mes compliments.

LISE

Merci!

JULIENNE

Porte-toi bien.

URSULE

Il va faire beau temps. Le ciel va s'éclaircir.

JULIENNE

Oui! sans que ça ne tarde.

UBSULE

Lise est une savate. Elle cause et bavarde Et chez elle devrait être auprès du cuveau. Si jamais ma servante agissait de la sorte, Je vous la traiterais comme un chien. Est-ce beau De voir qu'aussi longtemps une servante sorte. Délaissant sa cuisine le feu brûle en vain? Puis arrive le temps du dîner : La luronne Est cause bien souvent que le mari bougonne.

Digitizedby V:iOOQIC É

LtTTÉRATimE POraLAIftt DE L^ALSACE-LORAaINË

Et la femme en vaut pis. Pourtant c'est bien certain Qu'on ne peut pas toujours être dans sa cuisine.

JXJLIENITE

Imaginez le coup, le beau coup, ma cousine, Que la mienne, ma foi, me fit lundi dernier. Je voulais assister, sans retarder, au prêche De huit heures; je pends bien vite un oreiller Que mon enfant avait mouillé, pour qu'il y sèche, Au coin de mon fourneau; puis je porte au grenier, Sous le faîte du toit un tas de linge sale. L'oreiller est déjà percé, quand je dévale. D'un grand trou par le feu. Je ne me connais plus De fureur, et le pis, c'est que cette canaille Bit aux éclats pendant que moi je la fouaille.

URSULE

Le savait-elle donc?

JULIENIŒ

Non ! mais c'est un abus Quand dans une maison l'on ne voit la servante Qu'à tricoter, filer, commander les enfants, A balayer encore employer tout son temps. Je n'en veux de pareille. Il m'en faudrait qui sente Qu'elle doit quelquefois passer sur le talon De sa maîtresse.

URSULE

Oh! oui! vous avez bien raison! Mais dans tous les états le mal, hélas! abonde. Et vraiment on croirait que notre pauvre monde Approche de sa fin.

JULIENNE

Des gens de sa maison L'on en supporte tant C'est vraiment effroyable.

URSULE

Je vais rentrer chez moi. Le temps est précieux!

Digitized by V3OOQ IC

94 kEVtE d^alsàcb

JULIENNE

Voyez donc ce fichu. Qu'il est délicieux! donc a-t-on brodé cette pièce adorable.

UBSULE

Au Coin brûlé,^ cousine.

JTTLIEliTBŒ

Ah! oui, sans doute c'est Cette grande? Combien payez-vous cet objet? N'est-ce pas? Qu'est-ce que cela peut bien me faire?

URSULE

Vous connaissez mon homme, et savez qu'il faut taire

Le prix que peut coûter un objet de si peu

De valeur. Pour l'avoir j'épargne sur ma bouche.

Sans ça je serais comme une bëte au bon Dieu :

Toujours même costume. Et, vous savez, je touche

Mon argent de semaine. Au delà je n'ai rien :

Il faut me débrouiller.

JULIENIŒ

Cousine, quant au mien, D me laisse bien libre, à moins que dans sa tête Il n'ait parfois logé quelque petite bête Que j'en chasse aussitôt

URSULE

Et comment faites-vous ?

JULIENNE

Voyez-vous? quand je vois mon cher et tendre époux Laisser pendre sa lèvre et me faire la mine. C'est un bonheur pour moi, croyez-le, ma cousine, De faire la malade. A ma mère soudain Je fais dire d'aller chez notre médecin.

* *Am BrennteSnéP», à l'onest de la place Kléber.

Digitized by V:iOOQIC

LirrÉRATCtlB tK>POLAtllK t>B L'aLSACB-LOUIIÀIKK 96

Elle sent le rôtL * Dans la même soirée Elle vient II faut voir la belle échaufioorée Entre elle et mon mari, qui se soumet enfin!

UBSTTLE

La friponne!

JULIENlirE

Eh bien donc? Ne suis-je pas rusée?

UBSTTLE

Mais oui! et joliment! La belle invention! Jamais je n'aurais eu d'imagination Semblable. Mais cela pourrait bien m'ëtre utile! Que le mien, quelque jour, de façon incivile, Me gronde, et je ferai tout comme vous, ma foi!

JXJJJESKK

Essayez une fois!

UB8ULE

Ha ha! ça me fait rire Déjà! Portez-vous bien. Faut que je me retire Et que je rentre vite.

JULIENNE

Et quand donc viendrez-vous En visite chez moi passer une journée?

UBSULB

Oh ! je pense bientôt Saluez votre époux.

JULIENITE

Et vous le vôtre aussi.

URSULE

Je vous suis obligée, Et n'y manquerai pas, ma cousine honorée.

Riez, le 24 mars 1881.

' SaUir le rôti, synonyme strasbonrgeois de : avoir bon nez, arriver an bon moment, faire -nne chose à propos.

Digitized by V3OOQ IC

96 ftEVdE D^ALSACE

II

CONVERSATION INTIME

tenus à la fontaine par quatre servantes strasbourgeoises, Lise^ Suzanne, Catherine et Marguerite, composée par Jean- Georges Werdo, la sentinelle, de son métier enfant de Stras- bourg, qui était alors de garde auprès de la fontaine. *

SUZANNE

Diantre! que vois-je donc? Encore à la fontaine? donc as-tu traîné? Comme ta jupe est pleine D'eau et de boue!

LISE

Eh bien! je suis à nettoyer Ces choux, et forcément mouille mon tablier. Pense donc ! mon Martin veut faire la maudite Farce, et me laisser là. Lui, qui me serrait tant, A m'étouffer ! ce chien! il est à la poursuite D'autres filles. . . Mais tiens! n'est-ce pas Marguerite Qui regarde du haut du grenier.

GRÉTB ^

Un instant!

' De tous temps les femmes, et surtout les servantes, ont aimé se réunir auprès des fontaines pour s'y enfoncer dans les commérages, et souvent leur arrive-t-il de ne pas s'apercevoir que, de même que les paroles découlent abondantes de leurs bouches, de même Peau déborde de toutes parts de leurs seilles trop remplies.

Dans cette conversation ces servantes s'occupent surtout de leurs amants dont elles énumèrent les quaUtés et les défauts. Les expressions de colère ou d'envie alternent donc avec les termes louangeurs, et les grosses trivialités n'y manquent pas non plus. Naturellement on n'y épargne pas les patrons, et les sorties que ces bonnes font contre leurs maîtres font de ce morceau la digne contre-partie du premier.

L'auteur en est également inconnu.

* Marguerite.

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉRATURE POPULAIKE DB L'aLSACE-LORRAINB 97

Attendez donc un peu. Je vais aussi descendre Chercher de Peau.

SUZE

Comment! Mais tu devrais comprendre Qu'on ne te peindra pas des amants. Tiens ! mon Jean Fit de même avec moi. Moi, le lâchant d'un cran Et me moquant de lui, je forçai l'imbécile, Ne le regardant plus, à revenir vers mol Mais lui revint tout droit et se crut bien habile En m'embrassant du coup, pensant que, bien docile, Je rendrais le baiser. D se trompait, ma foi ! Et je ne craignis pas de lui dire pourquoi Je le boudais. Depuis il n'en voit aucune autre.

LISE

Ah ! je ferai de même avec mon bon apôtre. Je parviendrai peut-être à lui faire lâcher La maudite traînée. . . Oh bien ! c'est Marguerite Qui vient déjà!

GRÊTE

Quelqu'un vient-il de te fâcher? Quelle mine tu fais !

SUZE

Il ne faut tout de suite Tout redire, bavarde.

GRÊTE

Oh ! je ne dirai rien. Je garde les secrets. Vous me connaissez bien.

LISE

C'est Martin...

SUZE

Ne dis rien ! Elle lui tend la perche!

GRÉTE

Oh! je m'en moque bien !

NonyeUe Série. -> II** aonèe. 7

Digitized by V3OOQ IC

ftEVim D*ALSACB LISE

Oui! mon Martin recherche La Barwelé* de chez le tailleur. Chaque soir, Et ça me peine fort! chez elle il va s'asseoir.

GRÉTE

Chacune de vous n'a que ce qu'elle mérite,

Vous vous plaignez toujours. Folle! va-t'en donc vite

Courtiser le valet. Il me suffirait bien.

Mais vous voulez encor choisir trop longtemps. Rien

Peut-il jamais manquer quand à son domicile

On a tout ce qu'il faut? Chez nous, moi j'ai le mien.

Il est bien fait et jeune. Il me serait facile

De te parler encor de choses que je sais

Et que j'ai sur la langue.

LISE

Oh bien! va donc! jamais Je ne puis oublier mon Martin. Je voudrais Le manger, ce cher fou! Et surtout quand je songe Comme il m'amuse bien et gentiment me plonge Sa main froide sous mon mouchoir de cou.

8UZE

Retiens Ta langue prudemment. Tais-toi, laide sorcière, Et va faire la morte afin que l'on t'enterre! Vite il faut me sauver, puisque je me souviens Que je n'ai pas raclé légume ni carotte Pour la soupe. Il est tard! Grand Dieu ! Comme il radote Mon vieux registre et comme il tape sur mon dos Quand je vais lui servir des plats pas assez chauds. Mais voici Catherine.

Diminutif de Barbe.

Digitized by V3OOQ IC

LITTÉRATUEB POPULAIBE BB L'ALSACB-LORRAINB 99

KJBTH^

Eh bien! quelles nouvelles Redisent vos bons becs?

SUZE

De quoi parleraient-elles Si ce n'est des garçons qu'elles voudraient saisir À la fourchette!

GBÉTE

Non! mais Lise est en tristesse, Et cela parce que son Martin la délaisse, Parce que la Bârwel Pempèche d'y venir En l'attirant chez elle.

SUZE

Et j'aimerais que Lise L'eut plutôt.

KSTH

Si j'étais au moins dans ta chemise. Je vous arrangerais la jaune au maigre-né! Oh! Martin se verra du monstre abandonné! Ne lui permets-tu rien?

8UZE

Mais elle reste assise, Et sans rien dire, quand Martin veut chifionner Son tablier.

LISE

Allons ! Crois-tu, grande niaise, Qu'on ne peut que rouler. En prend-il à son aise, Le tien, quand tous les soirs il vient te câliner?

STJZE

Autour de notre îlot nous allons promener;

Nous entrons au Griflon:* j'y rencontre un bon verre

* Catherine.

' Le Griffon, brasserie renommée.

Digitized by V3OOQ IC

100 REVUE D'ALSACE

De bière. En mon chemin je viens même de faire La rencontre d'Ursule.

GRÉTE *

Eh ! l'on m'a raconté Qu'Ursule, avec le sien, a laidement heurté Le nez contre le mur.

KiBTH

Oui ! je viens de l'apprendre: On dit qu'elle est lardée.

LISE

Eh bien! Va-t-elle pendre Son enseigne au dehors? Quels soins j'ai pourtant mis A la rafistoler! Que ne se sonfr-ils pris? Ce Zinkeltps * pourrait inviter au baptême.

GRÉTE

Il a déjà rempli son tonnelet, et même L'épouserait, pourvu qu'elle veuille.

KiETH

Eh bien! moi, Si j'étais échaudée, oh! pour ma délivrance Je l'accepterais bien.

SUZE

Il y a bien de quoi D'être une pauvre femme!

LISE

Et la belle laitance Qu'il aura de sa mère? Oh! ciel! je le prendrais Aussi.

' Zinkélips, mot sans sens propre, employé de nos jours comme syno- nyme d'imbécile dans le langage strasbonrgeois. M. Bergmann prétend que dans ce poème ce n'est qu'un nom propre signifiant Philippe Zink. Dans le doute, nous traduisons par le mot tel quel.

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉBÀTURB POPULAIRE DE L'àLSACE-LORRAIHE 101

OBÉTE

N'en parlez pas, Madame ma cousine! Croirais-tu par hasard, toi, que tu l'obtiendrais? Il n'est pas pour ton nez !

LISE

Voyez, cette mâtine! Comme elle ne sait pas bien parler? Mais comment Ne saurait-elle encor danser plus gentiment? Crois-tu, que comme toi, je me livre à la chasse Des hommes? Ma foi, non! Je n'en suis pas yorace ! Et je le trouverais bien trop cher, même si L'on voulait le donner pour rien. Non! grand merci ! Qui donc en voudrait? Qui? Je courrais dans la flamme Pour me sauver de lui! Que n'ai-je mon amant Martin.

SUZE

Pas de dispute!

LISE

Alors qu'elle ne clame, Comme elle fait toujours, en petit commandant!

suze Assez parlé de ça! Silence! Qui donc quitte Au terme?

ILfiXH

Toi tu viens à propos m'envoyer De l'eau sur mon moulin! Quant à moi je n'hésite Nullement Dites-moi ! qui pourrait verdoyer, Quelle bonne, chez nous ? Lorsque nous croyons boire. Par grand hasard, du vin, nous y trouvons des fleurs. Plein le verre, ma foi! Puis les cris et les pleurs Des enfants ne font pas le plus beau de l'histoire ! Ils ne vous laisseront ni repos ni répit! L'un a la gale aux mains, lorsque l'autre petit

Digitized by V3OOQ IC

103 REYDB D*AL8AGB

A de la pâte molle en ses cheveux. La bonne Eprouve des tourments, se fatigue et s'aigrit Bien pis que chez des Turcs. A peine Tun guérit, L'autre tombe malade. On travaille, on leur donne Les veilles et les soins! Pourquoi? Pour en avoir Remerctments du diable!*

GBÉTE

Oh! Je voudrais bien voir Que ma dame trop fort me parle! Notre maître Lui dit très bien son fait, quand je lui fais connaître Quelque siyet de plainte.

LISE

Eh ! la mienne me va ! J'aimerais seulement pouvoir par ci, par là. Me rendre au Jardin Schultz ^ pour, comme une autre fille. Trouver quelque plaisir!

SUZE

Chez nous, soir et matin, L'on cire, frotte, essuie, et sans un coup de main De notre demoiselle. Oh! quand elle s'habille Et se pare, elle croit travailler grandement

QRÊTE

Tonnerre! comment donc! Je perdrais joliment Patience.

LISE

La nôtre est tout à fait coulée Au même moule!

KiETH

Et moi! je me trouve accablée

^ Semerdments du diabU, Ingratitude (se dit aussi en Franche-Comté; ▼oir la légende ci-après). * Jardin Schtilts, bal champêtre situé au Contades.

Digitized by V:iOOQIC

UTTÉBATUBB POFDUUB M L'AUACM-UmRAMB lOS

D'un repentir amer de n'avoir pas quitté Mes maîtres. Dieu pardonne! Auprès d'eux j'ai gftté Plus de souliers, ma foi ! que je n'obtiens de gage Pendant toute l'année. On a pour tout potage Quatre florins. * Il faut pour se faire natter Les cheveux, la piécette ;2 et puis pour acheter La poudre et la pommade, une certaine somme Est nécessaire aussi. On entre parfois, comme On en a l'habitude, en quelque magasin De sucrerie, et puis, s'il vous reste à la fin Quelques sous, il les faut pour couvrir la dépense Du tabac à priser. Mais je connais la danse Qu'on peut faire danser à l'anse du panier. Sans cela je serais réduite à mendier.

LISE

Adieu donc maintenant Ta maîtresse t'appelle Et, si tu vois Martin, donne-lui mon bonsoir.

K^TH

Mille tonnerres! va! l'eau froide qui ruisselle Dans mon dos !

GRÉTE

Je serai seule! venez me voir Quand vous aurez assez filé !

Ki&TH

Grande campaine!' Va, folle! nous irons plutôt à la fontaine!

Haguenau, le lundi de Pentecôte, 6 juin 1881.

* Florin, deux liyres on deux francs. ' La piécette valait douze sous. £n allemand : Bièsîe. ' Clochette au cou d'une vache, par extension bavarde, folle qui ne sait ce qu'elle dit.

Digitized by V3OOQ IC

lOé REVUE D'ALSAGE

LÉGENDE FBANC-OOHTOISE

LA BECONNAISSANCB DU DIABLB

Un bon paroissien (c'était un conseiller

De fabrique, un dévot et zélé marguillier)

Un beau jour parcourant les combles de l'église

Y retrouve une image en bois qu'on avait mise

En dépôt dans ce lieu. C'était un saint Michel

Terrassant Lucifer, mais que le temps cruel

Avait bien maltraité. La couleur, la dorure

Ne voulaient plus tenir, et partout l'éraillure

Mettait le bois à nu. Notre bon conseiller

Recueillit saint Michel, et pris du plus pieux zèle

Fit remettre d'abord des plumes à chaque aile,

Fit redorer l'ai:mure, et même dérouiller

Le glaive flamboyant. Puis couvrant son visage

De blanc, de vermillon, il mit selon l'usage

Sa tunique en azur. Après à Lucifer

Rafistolant la queue, et couvrant de cirage

Le corps, il lui fit prendre, oh ma foi ! fort bel air !

Et maint dévot dès lors vint rendre son hommage

Au saint, qu'hier encor tout chacun méprisait.

Lorsque loin des regards son triste corps gisait

Vermoulu, délaissé, dans l'épaisse poussière

Du grenier.

Un beau soir à ce bon marguillier Apparut le démon, qui venait pour lui faire De grands remercîments : < L'on allait m'oublier Dans un obscur endroit j'étais la pâture Et des rats et des vers. Me couvrant de peinture, Tu me rendis ma queue et mes griffes. Après, Rencorné tu me mis aux lieux je parais Dans toute ma splendeur. De ma reconnaissance Je voudrais t'assurerl suis-moi!»

Le diable avance Et le bon marguillier le suit dans la forêt. Puis, au pied d'un sapin creusant, Lucifer met A nu de grands trésors. Après il les recouvre

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉRATURB POPULAIRE DE L^ALSACE LORRAINE 105

De terre : < Tn Tiendras, mon cher, de grand matin, Les enlever 1 > « Comment pourrais-je alors demain Reconnaître Tendroit? » « Pour que personne n'ouvre La cachette, et pour que toi, tu mettes la main Sur le magot, sans peine, il n'est qu'une recette : Culotte bas ! >

On rit, et la chose fut faite. Quand la digne moitié de notre bon dévot Du coude lui tapant dans les flancs, dit : < Grand sot 1 Es-tu donc un gamin pour salir ta couchette?»

Notre homme! ahl qu'il devint capot! Triste fin d'un rêve agréable! Ce fut lui qui trouva le mot : « Kemerctments du diable!»

Rioz, 9 juillet 1881.

m

CONVERSATION SÉRIEUSE MAIS AMUSANTE

tenue par deux ^Madame-morcousineyi strasbourgeoises, comme qui dirait Dame Ursule et Dame Salomé. Strasbourg, à trouver au magasin de Pauschinger, sous les petites Arcades. *

URSULE

Cousine, je l'avoue et le dis, ça me crève

Le cœur de voir comment de nos jours on élève

Notre jeunesse qui n'a plus aucune peur

De Hans Trapp.^ Les garçons se mettent, o malheur!

^ Ce morceau est une mise en action tr^s bien réussie de la parabole de La Pailîe et de la Poutre.

' Hans Trapp, Personnage fantastique qui la veille de Noël entre avec l'enfant Jésus dans les maisons il y a des enfants pour punir ceux qui ont été méchants, pendant que l'enfant Jésus récompense ceux qui ont été bons. Ce nom" provient par corruption de celui d'un certain Jean de Tratt, chevalier-brigand qui se fit redouter en Basse- Alsace et dans le Palatinat.

Digitized by V^OOQ IC

100 REV0B D'aLSAGB

Tout jeunes, à jouer. Les filles qu'on courtise

Ne songent plus qu'au luxe, à mainte mignardise,

Croyant que c'est bien beau quand elles s'en vont voir

La comédie, et quand elles vont chaque soir

Au Broglie * afin que chacun les y reluque,

Et de plus chaque jour dessus tous les remparts.

Les cheveux dans les yeux, tout comme une perruque,

Ces folles vous auront des mines, des regards

A vous ébouriffer. Leur gorge est toute nue

Afin que tout passant profite de la vue

De leur tétons. Aussi leur tour de gorge est fait

De façon bien friponne. Et quant à leui* corset.

Est-il, grand Dieu ! permis qu'aussi fort on le lace?

Elles portent enfin un costume effronté

Tout comme si c'étaient des gens de qualité.

La jupe en tafietas par le dessous dépasse.

Et leurs pantoufles sont de drap d'or ou d'argent.

Avec grands falbalas, avec des bas de soie

Blancs, qu'elles lacent fort, afin que l'on n'y voie

Le moindre petit pli, le moindre froncement.

Et puis au grand jamais elles ne voudront mettre

De souliers noirs. Oh non ! les souliers devront être

De couleur. Vous savez, cousine, n'est-ce pas?

Qu'autrefois, aussi vrai que je suis honorable,

Le monde se montrait beaucoup plus respectable.

Ah! comme on nous faisait lire, après le repas

Du soir, dedans la Bible ! On ne pouvait descendre

Devant la porte, non! Et quel bruit, quel esclandre

On faisait. Dieu du ciel ! et comme on nous grondait,

Quand l'une d'entre nous seulement accordait

Le plus simple bonjour aux messieurs dans la rue !

Aussitôt on disait: «Dieu! quelle dissolue! »

Quand en société quelqu'un nous embrassait!

SALOMÊ

Ma cousine, c'est vrai! mon mari me disait ^ Broglie, promenade à Strasbourg, rendez-vous de la belle sociéié.

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉIUTUIIE POPULAIRE DB L^ALSlCB-LORRAINB 107

Que du temps qu'il était encor célibataire Ça marchait autrement Nul garçon n'allait faire Du luxe en ses habits avant qu'il ne fût sec A ses oreilles. Non ! jamais jeune blanc-bec Aux filles ne faisait la cour ou la causette Quand il n'était pourvu de barbe à son menton. Au sortir de la classe, aujourd'hui les voit-on Dans les lieux l'on peut trouver quelque fillette, Ces beaux étudiants! Ma Sâlmel* l'autre fois S'était permis aussi de m'en amener trois Chez nous. Bonté du ciel ! Comme je me suis mise A gronder!

URSULE

Ma cousine, il faut que je le dise Pour sa défense : alors elle ne pouvait pas Faire autrement

SALOMi

Pardon! de tricoter ses bas Lui séait beaucoup mieux que de rester avecque De jeunes courtisans qui feraient beaucoup mieux D'aller à leur collège, à la bibliothèque. Ma fille ne doit pas s'éloigner de mes yeux De plus que de cent pas. Car n'est-il pas immense De nos jours le danger de la séduction?. . . Mais! connaîtriez-vous, ma foi! puisque j'y pense, Le jeune magkter^ donnant l'instruction A nos petits?

UBSULE

Mais non cousine! Qui donc est-ce?

^ SàJmèl, Salomé.

' Magigter, candidat pastear, s'occupant d'enseignement en attendant nne cure.

Digitized by V3OOQ IC

REVUE D'aLSACE SALOMÉ

lomme convenable et plein de gentillesse,

hant déjà, très sage, et parlant couramment

Ltin, et portant sa propre chevelure ;

3 plus il n'est pas brutal de sa nature

nae bien d'autres qui mettront tout leur talent

us faire pleurer nos enfants.

URSULE

Ma cousine, j'ai bien ri jeudi ! Mais veuillez m'excuser vous interromps,

SÀLOMÉ

Vous faites la badine îrsmoi! laissez donc!

URSULE

Je viens de m'amuser )ur-là, ma cousine, en belle compagnie lessieurs bien gentils, pleins d'esprit, de gatté. comme ils vous menaient bien la plaisanterie, rouler par terre! sauf un seul excepté n tous lieux et tout temps j'éviterai.

BALOMÉ

Cousine, den! pariez-vous que moi je le devine?

URSULE

)us le devinez, ma foi, je le dirai.

SÀLOMÉ

ait-ce pas u ?

URSULE

u ? C'est, ma foi, vrai! résence en tous lieux m'est bien insupportable: t un fort mauvais homme, un esprit pitoyable.

Digitized by V3OOQ IC

LITTÉRATURE POPULAIRE DE L'ALSACE-LOR RAINE 109

Croyez-vous qu'une fois cet être portera

Son chapeau sous le brasV Ou bien qu'il se fera

Friser complètement? Oh non! mais sur sa veste

Il a cent taches, et, quand d'autres, bien ornés

Sentent l'eau de lavande, au contraire il empeste

Le tabac. Il n'a pas de gilets galonnés,

Le croirez-vous, cousine? Et jamais il ne reste

Auprès de la maison Hummel; jamais, ma foi!

Aux orgues il ne monte. Eh bien! que l'on proteste

Ou non, moi je le tiens pour un sot. Et pourquoi?

Ne me parla-t-il pas, et trois heures entières

De rien autre, ma foi, que de pur sentiment?

îî'était-ce pas niais? Qu'il vienne seulement

Et me dise un seul mot! Sans faire de manières,

Comme je l'enverrai promener proprement!

Ah! les autres faisaient bien meilleure figure.

Payant pâtisserie et bonne confiture

Qu'ils faisaient arroser de fort bon vin muscat!

S'ils viennent quelque part, vite on vous accommode

Ce qu'il y a de fin, de bon, de délicat!

Et le moindre chiifon sur eux est à la mode.

Chaque quinzaine ils ont un nouveau vêtement.

Oui! c'est un vrai plaisir d'avoir un tel amant:

Avec lui dans la rue on peut se montrer fière.

Le sentiment intime? Eh! que peut-il me faire

Quand un individu ne peut rien me payer

Ni donner? Mon amour est prêt à se rouiller

Quand à mon amoureux ce sentiment ne coûte

Quelques sous.

SÀLOMÉ

Mais voyez! combien cela déroute D'avoir tant à penser. Je viens de remarquer Seulement maintenant cette belle engageante ^

' Engageante, espèce de fichu à la mode à Pépoque.

Digitized by V3OOQ IC

110 REVUE D'ALSACE

Que ma cousine a là.

URSULE

Ma cousine plaisante! De moi voudriez-vous, ma chère, vous moquer?

SALOMÉ

Cousine, non, vraiment! Oh bien! la belle chose! Pavez-vous donc fait broder? L'œillet, la rose Sont comme s'ils vivaient

URSULE

Moi? Je l'ai fait broder Par Madame Bârwel.

SALOMÉ

Je devais le cuider! Mais ce qui me déroute auprès de ces brodeuses C'est qu'elles font bien trop attendre les dessins Qu'on leur a confiés!. . . Sommes-nous curieuses?. . . Pour qui seraient donc bien les tartes aux raisins Que nous venons de voir porter? Pour qui, cousine. Le penseriez-vous bien?

URSULE

C'est pour une voisine Qui dans le Trou-Thomann ' accoucha justement

SALOMÉ

On sonne l'heure. Chut!

URSULE

Combien?

SALOMÉ

Midi!

URSULE

Comment! C'est vraiment pitoyable !

SALOMÉ

Oh ! ça ne peut pas être !

' Trou Thomaim (Dummélach)^ rue parallèle à la Petite Rue des Bouchers.

Digitized by V:iOOQIC

LITTÉRATURE POPULAIRE DE L* ALSACE-LORRAINE 111

Midi!

URSULE

Si! vous pouvez très bien le reconnaître Par le son des tambours.

SÀLOMÉ

Loin de vous en aller Restez encore un peu. J'aime voir défiler Ces beaux Nassoviens. *

URSULE

Moi, cousine, de même.

SALOMÉ

Ils viennent

URSULE

Cette marche est belle !

SALOMÉ

Oh! oui! moi j'aime Le son de leurs tambours.

URSULE

Ma cousine, toujours Je suis votre servante et nullement n'hésite D'humblement vous prier de donner mes bonjours A votre cher marL

SALOMÉ

Pareillement! Bien vite Il faut que je me sauve. Allons! Bien du bonheur! Surtout venez bientôt me faire une visite.

URSULE

Ma cousine sous peu je m'en ferai l'honneur!

Rioz, 18 mai 1881.

Ch. Berdellé. (La fin à la prochaine livraison.)

^ Les Nassoviens, an des régiments allemands qu'avant la Révolation la France ayaît à son service. Les princes de Nassau avaient des pos- sessions dans cette portion du Bas-Khin, située à Touest des Vosges, et ces possessions devaient fournir des hommes au régiment de Nassau.

Digitized by V3OOQ IC

MATÉRIAUX

POUR SERVIR A

L'HISTOIRE DE LA GUERRE DE TRENTE ANS

tirés des arohives de Colmar

(Suite)

3 janvier 1642 24 mai 1643

Démarches de la ville pour pouvoir prendre part aux négociations; peu de sûreté des routes en Alsace; nouvelle apparition du duc de Lorraine; bourgeois de Colmar prisonniers à Ofifenhourg et à Philipsbourg; insolences des gouverneurs de ces deux places ; victoires des alliés et reprise des négociations : quel sort réservé à l'Alsace ? mort de Richelieu; lettre de Mazarin; contesta- tion au sujet des donations faites par la Suède à la ville.

En apprenant les mesures sérieuses dont les plénipoten- tiaires étaient tombés d'accord, la ville de Colmar s'empressa d'écrire, sous la date du 10 janvier 1642, à Salvius et à Jean Oxenstirn, le fils du chancelier, qui avait été adjoint à l'am- bassadeur ordinaire, pour qu'ils prissent ses intérêts en con- sidération. Elle leur fit sentir que, malgré la protection de la France, elle ne pouvait compter en toutes choses sur son appui et que la bienveillance de la couronne de Suède pou- vait seule assurer la liberté de conscience aux protestants. {Prot miss.)

Digitized by V:iOOQIC

&ISTOIRE DE LA GUBAKË DB TRENTE ANS lia

Le résident Mockhel, par Tentremise duquel la ville cor- respondait avec les ambassadeurs, agissait de son côté à Stockholm et, par sa lettre du 31 janvier, il iit part à la ville de plusieurs dépèches qu'il avait adressées à la reine de Suède, et il lui recommandait particulièrement les intérêts des villes protestantes d'Alsace, Strasbourg, Colmar et Munster.

L'ouverture des conférences avait été fixée au ^ mars, et la ville ne méconnaissait pas l'utilité qu'il y aurait pour elle d'y prendre part. Cependant elle n'avait pas encore reçu les saufs- conduits qui lui étaient nécessaires, et ce retard ne laissait pas que de l'inquiéter. Elle venait d'envoyer à Paris le régis- trateur ou archiviste Jean-Balthasar Schneider, pour y solliciter l'immunité fiscale des terres appartenant à ses bourgeois hors du ban de Colmar; * elle lui écrivit, le 7 février, pour le prier de faire demander ce passe-port par le comte d'Avaux, à l'ambassadeur impérial de Ltltzow, et de procurer à l'envoyé de Colmar ses entrées chez l'ambassadeur de France.

A son arrivée à Paris, Schneider avait appris que Louis XIII était parti avec toute sa cour pour la Catalogne. D avait cru de son devoir de rejoindre le roi, et ne reçut la lettre de ses commettants qu'à Béziers, le j^ mars 1642. Toujours à la suite de la cour, il arriva avec elle à Narbonne et s'adressa à M. de la Barde, premier commis de M. de Chavigny, spécialement chargé des négociations relatives à la paix. Il apprit ainsi, que tous les états et villes d'Allemagne qui s'étaient alliés avec la France, devaient avoir part aux saufs-conduits. Mais jusque personne n'ayant rien demandé, les bureaux avaient négligé de se mettre en mesure. En attendant ce passe-port, Schneider obtint une lettre du roi, sous le contre-seing de Bouthillier le père, datée de Narbonne, 10 avril, portant que, sur les repré- sentations de leur député. Sa Majesté faisait savoir à ses très

' X. MossMAHK, Contestation de Colmar avec la Cowr de France (1641- 1644). Colmar, Eug. Barth, 1869, m-S^.

Nouvelle Séne. ior* année. 8

Digitized by V3OOQ IC

114 REVUE D'ALSàCE

chers et bons amis de Colmar que, par le traité conclu à Hambourg «touchant les préparatoires à la paix», les ennemis avaient promis de mettre à la disposition de la France un sauf-conduit pour tous ses alliés et adhérents dans l'Empire, et qu'au moyen de ce document il sera loisible à la yille de se faire représenter aux conférences.

Pour n'être plus le théâtre de la guerre, l'Alsace n'en restait pas moins exposée aux insultes des Impériaux, et particuliè- rement de la garnison d'Ofienbourg, qui faisait de fréquentes pointes sur la rive gauche. Les routes et la campagne étaient peu sûres. L'ennemi en embuscade surprenait les marchands et les cultivateurs, dételait les chevaux, faisait des prisonniers et disparaissait. La ville ne demandait pas mieux que de faire battre le pays par de fréquentes patrouilles; mais il se trou- vait des seigneuries qui prenaient ombrage de ces mesures protectrices, et à qui il ne convenait pas de laisser violer leur territoire par les soldats de la garnison allemande de Colmar. (Prot miss, lettre au général d'Erlach du 13 février 1642.) Le 16 mai, cinq cavaliers tombèrent sur des voituriers suisses, près du pont de la Katzwang, à qui ils enlevèrent quatre chevaux et une trentaine de rixdales. Les voituriers portèrent plainte, et le magistrat envoya contre les voleurs un détache- ment qui les joignit dans la forêt du Rothlseublen. Sommés de se rendre, ils résistèrent, et l'un d'eux fut tué les armes à la main. On l'amena avec son cheval à Colmar, oU il fut enterré peut-être avec trop de précipitation. Il se trouva que ce n'était pas un ennemi, et que les auteurs de cet attentat étaient des cavaliers du régiment de Rosen. {Prot miss, lettres à d'Erlach et au colonel Rosen, du 17 et du 19 mai, et lettre de ce dernier à la ville, du 29 mai.) Cependant les Impériaux n'étaient pas loin ; car, le 17 au soir, un parti de la garnison d'Offenbourg, posté dans le Landgraben, fit plusieurs prisonniers, entre autres le commissaire des guerres Courrier, en résidence à Colmar, qui toutefois ne tarda pas à recouvrer sa liberté.

Digitized by V:iOOQIC

HESTOIRB DE LA GUERRE DE TRENTE ANS 115

Certaines circonstances donnèrent lieu à la ville de croire que les ennemis en voulaient surtout à ses bourgeois. Elle trouvait de plus qu'on les traitait plus rigoureusement que tous les autres prisonniers, et elle s'en plaignit au résident Mockhel et au général migor d'Erlacb, par lettres du 28 et du 29 mai. {Frot mus.) C'était, disait-elle, grâce aux accoin- tances que les Impériaux avaient formées à Sélestadt, qu'ils pouvaient ainsi s'aventurer sur la rive gauche, et elle crut que plus de sévérité à l'égard des prisonniers ennemis ren- drait leurs compagnons plus prudents.

Le mal était que le plat-pays était sympathique à ces entre- prises; c'était aux Impériaux que les paysans portaient leurs informations, plutôt qu'aux garnisons françaises ou suédoises de Colmar, de Brisach, de Sélestadt et de Benfeld. D n'était possible d'obvier à cet inconvénient que par des reconnais- sances fréquentes et combinées entre les diverses places-fortes, et c'est dans ce but que Colmar écrivit, le 9 juin, à Mockhel, après avoir déjà obtenu du général d'Erlach qu'il ferait plus exactement surveiller le pays entre le Rhin et l'IlL {Frot, miss.) Le résident partageait les vues de Colmar, et il affirme qu'il se passait peu de jours sans que le gouverneur de Benfeld envoyât au dehors quelque parti de sa garnison. Il s'agissait d'en obtenir autant de Sélestadt, qui devait surveiller le cours de l'IU et le passage du Landgraben.

Cependant les pointes de l'ennemi ne discontinuaient pas; d'Erlach qui avait envoyé une partie de ses troupes en Lor- raine, fut contraint de les faire revenir; en attendant leur retour, il requit quarante hommes de la garnison française de Colmar, auxquels la ville joignit bénévolement vingt-cinq hommes de sa compagnie allemande. {Frot miss, lettre à d'Erlach, 11 juillet 1642.)

C'était une nouvelle apparition du duc de Lorraine qui motivait ces meoures. Il eat vrai qu'elle l'ut de courte durée, et que le prince ne dépassa pas Molsheim et Obernai. Mais

Digitized by V3OOQ IC

m kfivuE d'alsacs

cela n^empêcha point les cavaliers du lieutenant-colonel Bissinger de pousser jusque dans le plus proche voisinage de Colmar, ils s'emparèrent, dans la première quinzaine d'août, de deux bourgeois et de vingt et quelques chevaux, qut furent menés au camp du duc de Lorraine, et de à Landau. On exigea de chaque prisonnier une rançon de 230 rixdales, qui dépassait de beaucoup leurs ressources. Les Impériaux d'Oftenbourg en usaient de même, et un de leurs partis enle- vait à la même époque, dans la forêt du Eastenwald, entre Colmar et Brisach, tantôt le messager de la chancellerie, tantôt de simples bourgeois. Le magistrat écrivit, le 15 août, à d'Oysonville {Prot tmss. gaU.\ pour le prier d'intervenir auprès des gouverneurs de Philipsbourg et d'Offenbourg, les prisonniers avaient été menés. Le 19 août, il s'adressa aussi au gouverneur de Benfeld, le colonel Moser, en lui demandant son agrément pour tenter une surprise de l'autre côté du Rhin, dans le but de ramener des prisonniers à échan- ger contre ses bourgeois. {Prot miss, germ.) D'Erlach prévint ses désirs et lui envoya un cavalier de Bissinger qu'il avait entre ses mains. {Prot. miss, lettre à d'Erlach du 23 août) Le projet d'envoyer un parti au-delà du Rhin, pour se nantir de prisonniers d'Offenbourg, fait aussi l'objet d'une lettre du 30 août, également au général-major d'Erlach.

Cependant, mieux sur ses gardes, le gouverneur de Brisach parvint à s'emparer de tout un parti de la garnison d'Offen- bourg, qui s'était aventuré sur la rive gauche du Rhin. Au nombre des prisonniers se trouvait un déserteur, le nommé Kleindienst, de Sainte-Croix, vassal de Colmar, à qui il avait fait hommage. La ville en demanda l'extradition par une lettre du 16 septembre. {Prot miss.)

Le baron d'Oysonville, qui était alors à Saverne, ne jugea pas à propos d'écrire immédiatement au gouverneur de Philips- bourg, le colonel Bamberger. Il voulait d'abord envoyer un fort parti dans le margraviat de Bade, avec ordre de ramasser

Digitized by V:iOOQIC

HISTOIRE DE L4 G0BRRE DE TRENTE ANS 117

tout ce qu^il pourrait de prisonniers. Une fois les mains gar- nies, il promettait (lettre du 19 septembre) de parler hardiment et de traiter ses prisonniers comme Tennemi traitait les gens de Colmar. Le lieutenant du roi se ravisa pourtant, et il annonça à la ville, le 21 septembre, le départ d'un trompette porteur d'une lettre pour Bamberger. Il en rapporta une réponse on ne peut plus offensante pour la ville et que d'Oysonville s'empressa de lui communiquer, a ne voulant pas lui cacher le maltalent qu'il paroist en icelle, que le party impérial a pour elle». Il ne restait qu'à attendre le retour d'un parti que d'Oysonville avait envoyé six jours auparavant tout exprès pour faire des prisonniers, qu'il promettait de livrer à Colmar. Le même trompette était porteur d'une lettre de deux boui^eois de Colmar, Henri Gsell et Jean Walch, prisonniers h Philipsbourg.

De son côté d'Erlach s'était adressé au colonel de Schauen- burg, gouverneur d'Oftenbourg, pour lui proposer d'échanger les bourgeois de Colmar contre des prisonniers qui se récla- maient de lui. Schauenburg reçut cette ouverture fort mal ; il manda, le 10 octobre, au gouverneur de Brisach, qu'il ne pou- vait considérer les gens de Colmar, en général, que comme des parjures et des rebelles, coupables du massacre d'une partie de la garnison impériale, en 1632; l'un des deux prison- niers qu'il tenait, était particulièrement accusé d'avoir tué trois soldats de sa main, et quant à l'échange proposé, il voulait le restreindre aux seuls habitants de Brisach et de Markolsheim.

Cette exclusion outra moins notre ville que les inculpations injurieuses dont elle était l'objet Elle répondit au général major, le 21 octobre, pour protester hautement contre cette atteinte portée à son honneur, et pour repousser comme dénuées de tout fondement les allégations de Schauenburg. Les honmies qui, contrairement aux constitutions de l'Empire, aTaient été chassés des emplois çt e^és, n'étaient pas respo»-

Digitized by V:iOOQIC

118 RGYUB D'ALSACE

sables du tumulte qui avait accompagné la reddition de la ville aux Suédois, mais ceux qui se trouvaient alors h la tête des affaires, et dont quelques-uns vivent encore. Le tumulte même n'était-il pas la suite des discours imprudents de la garnison, qui ne parlait de rien moins que de massacrer le magistrat et la bourgeoisie? Dans tous les cas, ce n'est pas à quelques chefs militaires k condamner la ville, quand, par une convocation spéciale à la diète de Ratisbonne, Tempereur lui avait solennellement reconnu le rang et la qualité d'état de l'Empire.

Sur ces entrefaites un incident favorable mit entre les mains de d'Erlach plusieurs prisonniers de distinction, appar- tenant à la garnison d'Offenbourg. Le colonel de Schauenburg se radoucit, et les deux bourgeois de Colmar furent mis en liberté. Mais arrivés à Brisach, ces pauvres gens furent retenus par les ordres du gouverneur, qui prétendit que l'échange n'avait été consenti par le conunandant d'Offenbourg que moyennant une soulte de 500 rixdales. La ville intervint de nouveau, et le général major délégua le colonel Hattstein pour traiter de l'affaire. Celui-ci en remit le soin h quelques officiers et l'on finit par tomber d'accord moyennant quelques foudres de vin. Mais le marché ne fut pas reconnu par d'Er- lach, qui tenait k ce que la rançon fût en argent. La ville finit par prier M. de Polhelm de dénoncer à la cour ce procédé du gouverneur, elle ne voyait qu'une grossière tentative d'ex- torsion. {Prot miss, lettre du 28 décembre.)

Malgré la nouvelle phase le dernier traité de Hambourg avait fait entrer les négociations, l'action diplomatique faisait peu de progrès. Tant que le sort des armes restait incertain» l'Empire était peu disposé h ces concessions, sans lesquelles le parti protestant ni la France n'étaient disposés h transiger (Ct lettre de Mockhel du 5 décembre). La victoire de Lérida sur les Espagnols, celle de Leipzig sur l'archiduc Léopold rendirent l'empereur plus accommodant Colmar eut avis de

Digitized by V:iOOQIC

HISTOIRB DE LA GUERRE DE TRENTE ANS 119

la défaite des Impériaux par une lettre pleine d'intérêt, datée du camp devant Leipzig, 30 octobre 1642, dont Mockhel lui envoya copie. Le 16 novembre, le baron d'Oysonville écrivit à la ville pour rengager à se joindre à M. Clausier pour rendre grâce h Dieu des victoires obtenues par les maréchaux de La Mothe et Torstenson sur les principales armées de la maison d'Autriche.

Par une lettre du 28 mars 1643, Salvius put annoncer que les ratifications du traité de Hambourg et les saufs-conduits avaient enfin été échangés, et que Ton était tombé d'accord d'ouvrir définitivement les conférences, le -^ juillet, à Osna- brûck et à Munster. Ce n'était pas trop tôt: Salvius était depuis sept ans chargé de traiter des seuls préliminaires de la paix. Les saufs-conduits n'étaient pas nominatif: Mockhel devait envoyer h l'ambassadeur les noms des états de son ressort appelés à se faire représenter.

Le 20 avril, Salvius adressa directement à Colmar une copie notariée du sauf-conduit, en faisant remarquer à la ville que si la reine de Suède avait voulu sacrifier ses alliés et ses core- ligionnaires, il n'aurait pas fallu tant de temps pour mener Taffidre à ce point

Malheureusement pour la maison d'Autriche et l'Allemagne, il ne s'agissait plus seulement de la liberté religieuse des pro- testants: c'étaient le territoire et les frontières de l'Empire qui étaient en jeu, et les honunes qui présidaient à ses destinées ne pouvaient se résigner à ce sacrifice. Un mémoire daté du g janvier 1643, et signé par le D' Weber, avocat consultant de la ville, donne de curieux renseignements sur les préoccu- pations qui assiégeaient alors les esprits. Chargé d'une mission auprès du D' Welcker qui, sous le titre d'auditeur général, exerçait à Brisach les plus hautes fonctions civiles & côté du général major d'Erlach et du lieutenant du roi d'Oysonville, Weber rend compte dans ce rapport de la conversation qu'il avait eue avec ce personnage et qui touchait au sort réservé

Digitized by V3OOQ IC

120 REVUE D*ALSAGE

à l'Alsace. Il ne doutait pas, disait-il, qu'il ne s'accomplît prochainement un changement notable dans la situation du pays. Strasbourg y passera comme le reste: quand le roi réclamera le pont du Rhin, cette ville ne pourra pas se main- tenir davantage. La France, continua-t-il, avait songé à créer une justice ambulatoire, mais ce projet n'avait pas abouti. Il est question maintenant de placer quatre agents à la tête du diocèse de Strasbourg, de l'Alsace, du Sundgau et du comté de Montbéliard, relevant tous les quatre d'un président ou d'un commissaire central et, dans ce cas, Colmar devra se résigner et obéir comme les autres états de la province. Bientôt le pays en-deça du Rhin reprendra son nom d'Austrasie. On avait déjà discuté la question des appels de Sélestadt à la chambre impériale de Spire, et tout en reconnaissant que ces appels étaient de droit, le baron d'Oysonville avait été d'avis de soumettre les procédures en instance supérieure à une simple révision. Du reste on doit savoir que, d'après Limnseus, Colmar n'était pas à proprement parler une ville libre, puis- qu'elle était sous l'avouerie d'un grand-bailli, et qu'elle n'était état de l'Empire qu'en sa qualité de membre de la Décapole. Peu de temps avant cet entretien remarquable, Colmar avait reçu la nouvelle de la mort de Richelieu. La politique de ce grand homme d'Etat l'avait bien disposé pour la petite république qui avait su, au prix d'une capitulation et d'une alliance qu'on qualifiait de trahison, se soustraire au joug de la maison d'Autriche, sans se douter du risque beaucoup plus grand auquel elle s'exposait. La ville ressentit cette perte et en exprima, le 28 décembre, ses regrets au comte de Ghavigny et h M. des Noyers, k qui, par la même occasion, elle recom- manda ses intérêts. Elle écrivit en même temps au cardinal Mazarin, pour le féliciter du choix que Louis XIII avait £ait de lui pour remplacer le cardinal-duc, et pour le prier de con- server à Colmar les mêmes sentiments que son prédécesseur lui portait. (iVof. miss. gaU.)

Digitized by V:iOOQIC

HISTOIRE DE LA 60BIIRE DE TRENTE ANS 131

La réponse de Mazarin est du 19 février, et mérite d'être transcrite textuellement.

«Messieurs, la passion particulière que je scay que Monsieur le Cardinal Duc auoit pour les intérêts de vostre Republique, ne nae permet pas de douter que vous n'ayez esté très-sensi- blement touchez de la mort de ce grand Ministre. Bien que je me trouve fort esloigné de ses merveilleuses qualitez, Je vous p\ûs neantmoins asseurer que je luy ay succédé en rjnclina- tion qu'il auoit de vous seruir auprès du Roy, et que je croirois faire tort à ce que je dois à la mémoire de celuy par le conseil et è. la prière duquel II m'a fait l'honneur de me donner part en la conduite de ses affaires, si j'auois un autre sentiment. Je vous supplie, Messieurs, de le croire et de croire encore que n'ignorant pas le zèle qu'entre toutes les Villes Impérialles la vostre a tesmoigné auoir pour cette Couronne, Je ne m'es- timerois pas estre assez bon françois, si j'espargnois aucune sorte d'offices auprès de sa Majesté pour la porter h vous con- tinuer sa Royalle protection et si je laissois perdre aucune occasion je pusse vous faire paroistre que je suis vérita- blement. Messieurs, etc. »

Le bon vouloir du nouveau ministre n'était pas de trop dans un moment des difficultés de plus d'un genre pesaient sur la ville. Sans parler des négociations son sort allait se décider, la question de la dîme extraordinaire n'était pas vidée. D'un autre côté l'état-major du feu duc de Weimar soulevait des prétentions qui allaient jusqu'au renversement des avants^es qu'Oxenstirn avait accordés à la ville. Avant sa mort, Bernard usant royalement du droit de la guerre, avait distribué à ses officiers différents domaines situés sur la rive gauche du Rhin et, à cette occasion, Colmar avait déjà justifier de ses droits sur Holzwihr et Wickerschwihr. On lui fit de nouvelles difficultés au sujet de Herlisheim, l'accusant même de n'être en possession de cette villette qu'en vertu d'un blanc-seing arraché au grand-chancelier. (Cf, Mémorial du D' Weber, du ^ janvier.)

Digitized by V3OOQ IC

122 REVUE d'alsage

La mort de Richelieu procura, comme à tant d'autres, la liberté au premier gouverneur de Golmar, M. de Manicamp, qui, après s'être cru un instant le favori du ministre, était tout à. coup tombé dans la plus profonde disgrâce. Il écrivit à la ville le 19 février, de Manicamp, pour se rappeler h son souvenir et lui offrir le crédit d'amis puissants qu'il avait h la cour, mais il n'avait pas encore licence d'aller.

Son successeur, le marquis de Montausier, revint peu après en Alsace. Il avait été nommé maréchal de camp et avait été rejoindre en cette qualité le comte de Guébriant en Allemagne. Une lettre de lui, jointe au dossier, est datée du camp d'Or- dingen, 29 juillet 1642. Le 22 mars 1643, il avait repris son poste à Sélestadt : sous cette date, Colmar lui envoya pour sa bienvenue un présent d'avoine, que le gouverneur accepta avec autant de cordialité qu'on le lui offrait.

X. MOSSMAITN. (La miU pracfuMnement.)

Digitized by V3OOQ IC

NOTES BIOGRAPHIQUES

SUR LES

HOMMES DE LA RÉVOLUTION

A

STRASBOURG ET LES ENVIRONS

SuUe

SANCY (Bruxet de).

1789. Capitaine en premier aa corps royal d^artlUeriey attaché à la fonderie de Strasbourg, chevalier de Saint-Louis. Septembre 1791. Membre du Conseil d'administration du district de Strasbourg, lequel s'étant constitué le 15 suivant, le nomma président, fonction quUl occupa jusqu'au 18 oc- tobre 1793, pour faire place à Klasser ou Classer, un baron prussien .

SAREZ (Simon).

à Strasbourg en 1755, il était professeur de français avant 1789 En 1789. Du Comité de la garde nationale 1*' juillet 1790. Capitaine de la garde nationale de Strasbourg, il part avec quarante-six hommes pour assister à la fête de la fédération à Paris 15 septembre. De la Société des amis de la constitution : il avait alors 35 ans 7 février 1792. De celle des jacobins 21 juin. Au Club il signe l'adresse à envoyer à toutes les sociétés affiliées, sur la situation politique des frontières 24 juin. Pour ce fait il est cité devant le juge, et le Club est fermé 21 août. Membre de Tadmlnistration départementale ~ 12-14 novembre. A

Digitized by V3OOQ IC

124 REVUE D*ALSACB

Télection tenue à Wissembourg, il est maintena dans ces fonctions 17 mai 1793. Inscrit comme volontaire pour aller en Vendée 8 octobre. Membre du Comité de surveil- lance et de sûreté générale du Bas-Rhin 17 octobre. Il approuve une liste de deux cent quarante huit suspects, mis au Séminaire 3 novembre. Saint-Just déclare qu'il ne sera pas compris dans l'arrestation de ses collègues du département 25 novembre. D'une commission pour pré- senter les moyens d'opérer la levée des habitants du Bas- Rhin 19 décembre. Aux Jacobins, il vote la mort de tous les suspects 25 décembre. Proposé pour notable du Con- seil de la commune de Strasbourg 19 février 1794. Il est à Paris 24 août. De retour, il fait appel aux Strasbourg eoîses pour la confection d'effets militaires 28 août. Chargé d'examiner la conduite de Noisette et Burger, enfermés au Séminaire 25 octobre. Encore aux Jacobins En 1796. Membre du Comité d'administration du théâtre de bienfai- sance à Strasbourg. Il avait la garde du magasin.

SAURIAT (Jean-Charles). en 1754 à Poligny, avant 1789 il était simple bour- geois — 20 avril 1794. Agé de 40 ans, général de brigade & Strasbourg, il est reçu membre de la Société des jacobins. Encore inscrit le 25 octobre suivant.

SCAER (Laurent). 1789. Un savetier de Strasbourg 1793. Membre de la Société des jacobins, le maire Monet le fait élire notable du Conseil municipal le 30 janvier 1794; trois mois après il était déjà remplacé, et le 25 octobre il ne figure plus aux Jacobins 1805. Conducteur auxiliaire pour travaux de navigation à Strasbourg.

SCHATZ (Jacques).

1789. Fabricant de bas à Strasbourg 26 février 1791. De

la Société «les amis de la constitution 7 février 1792. De

celle des jacobins 18 janvier 1793. Officier municipal

16 février. Les représentants DenUel et Couturier lui eu-

Digitized by V:iOOQIC

LES HOMMES DE U RÉVOLUTION 125

joignent, par la filière du Comité permanent du Conseil général de la commune, de tenir dorénavant une conduite plus prudente 12 mai. Avec la 8* section, il demande à la Convention nationale le bannissement de Schneider 1" juin. Chargé de prendre des informations sur Marbach, receveur des Orphelins, suspect d^aristocratie, tenant au parti des émigrés et des nobles. Ses papiers seront scellés

8 octobre. Maintenu officier municipal 18 octobre. Procureur de la commune 2 novembre. Sur une liste de suspects 3 novembre. Saint-Just ordonne de ne point le comprendre dans Parrestation de ses collègues 5 nov. Agent national de la commune 2 décembre. Procureur provisoire de la commune, il s'oppose à la destruction des statues de la cathédrale 25 décembre. Proposé pour le tribunal du district de Strasbourg 27 décembre. Agent national, il requiert la police à faire démolir la maison Scharrer, place du Marché-aux-Poissons, 76 26 février 1794. Président du district de Strasbourg, il atteste les faits dénoncés au Comité de salut public de la Convention natio- nale contre Schneider 25 octobre. Il ne figure plus aux Jacobins.

SCHiEFFTER (George).

Hn 1757 à Ribeauvillé Avant 1789. Commis dans les administrations publiques 1791. Employé des douanes à Strasbourg 22 novembre 1793. Visiteur, il est reçu mem- bre du Club des jacobins, il est encore le 25 octobre 1794.

SCHERER (Jean).

Un ex-moine allemand, de Tordre des Carmélites, qui est venu s'abattre en Alsace, fin 1790 1791. Curé catho- lique assermenté de Bischheim-auSaum, près de Strasbourg

7 novembre 1793. Au maire de cette commune, Jean Schaub, il déclare, que ne parvenant pas à détruire le fanatisme dans la commune, il était décidé à renoncer en- tièrement à rétat de prêtre pour devenir homme libre et gagner sa vie autrement que parles tromperies sacerdotales.

Digitized by V3OOQ IC

126 REVUE D'ALSACE

n prie le maire de lui certifier sa déclaration, puis il s'adresse à révoque constitutionnel Brendel.

Concitoyen, n y a assez longtemps que contre ma yolonté j'appartiens à la bande noire des prêtres, il est temps que je m'en sépare et que je redevienne homme ; je vous somme donc de me <